Chine-Japon: Tout comprendre des tensions entre les deux pays

MONDE Une querelle autour d'un minuscule archipel coincé entre la Chine et le Japon a ravivé un sentiment anti-japonais...

E.O.

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Une manifestion anti-japonaise près de l'ambassade du Japon à Pékin, le 18 septembre 2012.
Une manifestion anti-japonaise près de l'ambassade du Japon à Pékin, le 18 septembre 2012. — Ng Han Guan/AP/SIPA

Des manifestations anti-japonaises secouent à nouveau la Chine ce mardi après l’annonce par Tokyo de la nationalisation d’îlots revendiqués par Pékin. 20 Minutes fait le point sur la situation.

Quelles sont ces îles de la discorde?

Senkaku (pour les Japonais)/ Diaoyu (pour les Chinois) est un tout petit archipel de sept kilomètres carrés coincé, dans la mer occidentale de Chine, entre la Chine et le Japon. Les terres sont contrôlées par des Japonais depuis la fin du XIXe siècle mais sont revendiquées par Pékin et par Taïwan depuis les années 70. Ces îlots inhabités sont convoités pour les potentielles réserves de pétrole et de gaz mais ont surtout une importance diplomatique.

Pourquoi les esprits s’échauffent aujourd’hui?

Le 11 septembre, le gouvernement japonais a déclaré vouloir acheter trois des îlots de l’archipel, qui appartiennent à des propriétaires japonais privés. Cette nationalisation programmée a fait immédiatement réagir Pékin, qui a envoyé à deux reprises des navires de reconnaissance à proximité des terres contestées, dans les eaux japonaises. L’annonce de Tokyo a également exacerbé le sentiment nationaliste et anti-japonais de milliers de Chinois qui, depuis ce week-end, manifestent dans les grandes villes du pays – avec l’autorisation de Pékin. 


(A Shanghai, un manifestant brandit une pancarte sur laquelle il est écrit: «Nous ne vous donnerons pas Daioyu, nous vous donnerons une bombe si vous la voulez»)

 La tension est d’autant plus forte que la querelle surgit au moment du 81e anniversaire de «l’incident de Mudken», qui a justifié l’intervention militaire du Japon en Mandchourie, au nord-est de la Chine, en septembre 1931.

Quelles sont les conséquences?

Elles sont principalement économiques. De grandes entreprises japonaises - Toyota, Sony, Panasonic et Canon entre autres - ont fermé certains de leurs magasins et usines en Chine depuis lundi, en raison de craintes pour la sécurité de leurs employés. Des usines et des concessions automobiles ont en effet été incendiées ou saccagées par des manifestants durant le week-end. Or la Chine et le Japon sont d’importants partenaires commerciaux: Leurs échanges ont représenté 343 milliards de dollars (environ 263 milliards d’euros) en 2011.

La querelle a aussi des conséquences…sportives. La Chine a retiré ses joueurs d’un tournoi japonais de badminton et a expulsé des coureurs japonais participant au Tour de Pékin, ainsi que des journalistes et des photographes nippons.

Que disent les autorités?

Pékin tente actuellement de calmer le jeu. Les manifestations – que le gouvernement a en premier lieu autorisées, voire organisées– menacent d’échapper à son contrôle: elles sont maintenant lancées via les réseaux sociaux et sont parfois le lieu de critiques du pouvoir central. La police a ainsi interdit les manifestations dans la province du Shaanxi, au centre du pays, tandis que des manifestants violents ont été arrêtés, notamment à Qingdao, une des villes où ont débuté les manifestations.  Liang Guanglie, ministre chinois de la Défense, a exprimé ce mardi le souhait de son pays de trouver une «solution pacifique et négociée» et a indiqué «espérer travailler avec le gouvernement japonais», tout en n’excluant pas de «nouvelles mesures». De son côté, le Japon demande à la Chine de protéger ses ressortissants.

Comment réagit la communauté internationale?

En visite en Chine, le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta a mis en garde la Chine et le Japon. «Compte tenu des tensions actuelles, nous appelons toutes les parties au calme et à la retenue et nous les encourageons à maintenir ouverts les canaux de communication afin de résoudre ce contentieux d'une manière diplomatique et pacifique», a-t-il déclaré devant la presse à Pékin, après une rencontre avec son homologue chinois.