L'armée française au chevet des blessés syriens

REPORTAGE A 10km de la frontière syrienne, les soldats viennent en aide aux réfugiés et notamment aux combattants de l'armée syrienne libre (ASL)...

Alexandre Sulzer, à Za’atari

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Za'atari le 13 septembre 2012. Camp de refugies syriens de Za'atari a la frontiere syrienne en Jordanie. visite du ministre de la defense francais Jean Yves Le Drian dans la structure hospitaliere et le Groupement Medico-chirurgical (GMC) mis en place par l'armee francaise depuis mi aout 2012. Blesses soignes par l'armee francaise.
Za'atari le 13 septembre 2012. Camp de refugies syriens de Za'atari a la frontiere syrienne en Jordanie. visite du ministre de la defense francais Jean Yves Le Drian dans la structure hospitaliere et le Groupement Medico-chirurgical (GMC) mis en place par l'armee francaise depuis mi aout 2012. Blesses soignes par l'armee francaise. — A. GELEBART / 20 MINUTES

De nos envoyés spéciaux en Jordanie, Alexandre Sulzer (texte) et Alexandre Gelebart (photo)

Une balle dans la jambe droite. Deux dans la gauche. Allongé sur son lit, Walid* raconte, ou plutôt souffle péniblement, son histoire. Celle d’un jeune homme de 35 ans, sans travail. Engagé dans l’armée syrienne libre (ASL) à Taïba, une ville syrienne proche de la frontière jordanienne. Il y a une semaine, l’armée de Bachar al-Assad a attaqué son appartement. Ses deux frères sont morts sous ses yeux. Lui s’en est sorti, a été opéré dans un hôpital clandestin avant d’être emmené par l’ASL en Jordanie, en sécurité. C’est désormais l’armée française qui prend soin de lui à Za’atari, un bout de désert à 10km de la frontière syrienne où près de 20 à 25.000 réfugiés syriens s’entassent. C’est ici que la France a installé un groupe médico-chirurgical que le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a visité jeudi. Un «message politique» à l’attention du dictateur syrien, assure son entourage.

Près de 40 opérations depuis mi-août

Mais sur place, c’est bel et bien de médecine dont les 80 soldats français s’occupent depuis leur arrivée le 14 août dernier. 36 opérations y ont été réalisées dont 35 sont des «opérations de guerre». «La plupart des patients sont blessés par balles ou par des éclats», détaille le médecin-adjoint réanimateur Gérard Dosseh, qui ne se préoccupe pas de savoir s’il s’agit de combattants ou non. C’est l’armée jordanienne qui, depuis la frontière, leur amène les victimes, au nombre fluctuant au gré des évolutions sur le terrain. «Beaucoup sont atteints aux membres inférieurs ou supérieurs, ici on n’en voit aucun touché au thorax ou à l’abdomen.» Pour ces derniers, atteindre la Jordanie est souvent trop long. «C’est rustique mais on s’adapte, c’est notre métier, claironne-t-il. Ce qui nous manque, c’est la régulation de l’air dans le bloc opératoire.» Pour limiter l’entrée de la poussière, omniprésente.

Des vaccins pour les enfants

Outre la chirurgie, que la France assure en lien avec l’armée marocaine dont les tentes sont installées juste en face des siennes, l’armée française assure des consultations de médecine générale –«les pathologies communes sont aggravées par la fatigue, le stress»- et vient de se lancer dans une vaste opération de vaccination polio-rougeole pour les enfants. Pour la première fois, une naissance a même eu lieu au sein de l’ACA mardi après-midi. Sous sa tente, Walid, lui, assure qu’il reprendra le combat dès qu’il sera remis sur pied. Pour «vivre en liberté. Que ce soit dans un Etat laïque ou islamique».

*Son prénom a été modifié.

Le camp de Za’atari pourrait compter d’ici la fin de l’année jusqu’à 80.000 réfugiés. Au total, ce sont plus de 85.000 Syriens qui se sont sauvés en Jordanie. Un chiffre qui inquiète Amman qui estime ne pas avoir les ressources nécessaires, notamment en énergie, pour absorber ce flux migratoire intense.