Les états-Unis pris pour cible

Faustine Vincent

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Le consulat américain à Benghazi (Libye) a été pris d'assaut mardi soir.
Le consulat américain à Benghazi (Libye) a été pris d'assaut mardi soir. — ESAM AL-FETORI / REUTERS

L'affaire rappelle celle des caricatures de Mahomet, dont la publication en 2005 avait embrasé le monde musulman. Cette fois, c'est un film injurieux envers l'islam, réalisé aux Etats-Unis (lire ci-dessous), qui a mis le feu aux poudres. En Egypte, 2 000 personnes ont manifesté mardi soir devant l'ambassade américaine, où le drapeau a été arraché et remplacé par l'étendard islamique. Le film a aussi scandalisé en Libye. Le consulat américain, situé à Benghazi, le berceau de l'insurrection contre Mouammar Kadhafi en 2011, a été pris d'assaut mercredi. L'ambassadeur américain, Christopher Stevens, et trois autres membres du personnel diplomatique, ont été tués peu après avoir fui le consulat. Barack Obama a condamné une « attaque scandaleuse ».
L'Egypte a dénoncé l'assaut « injustifiable » de l'ambassade du Caire, tandis que les autorités libyennes de transition (un nouveau gouvernement doit être élu d'ici à la fin de la semaine) ont « présenté [leurs] excuses aux Etats-Unis, au peuple américain et au monde entier » et promis de punir les coupables.
Ces événements ne devraient pas perturber les relations entre les Etats-Unis et la Libye, vu les intérêts économiques en jeu – pétrole, contrats, investissements – et sécuritaires. Pour autant, la défiance envers les Etats-Unis reste prégnante dans les pays arabes. Les manifestations en Egypte et en Libye viennent le rappeler. « On a pensé, à tort, que les révolutions arabes étaient pro-occidentales », assure Barah Mikaïl, chercheur à la Fondation pour les relations internationales et le dialogue extérieur (Fride). L'offense à l'islam a servi de détonateur. « Pour les musulmans, c'est une ligne rouge à ne pas franchir. La raison n'a alors plus lieu d'être. D'où la violence des manifestations », explique Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam). Au Caire comme à Benghazi, les salafistes ont récupéré les manifestations. « La défense de l'islam et de son prophète est un fonds de commerce très rentable pour les radicaux, qui se profilent dès qu'ils le peuvent pour renforcer leur position », précise Hasni Abidi. A cela s'ajoute la frustration de la population, qui n'a pas vu son niveau de vie augmenter malgré les promesses d'un avenir meilleur après les révolutions. « En Libye, les gens se sentent abandonnés à leur sort, poursuit le chercheur. Ils me l'ont dit : ‘‘Chasser Kadhafi est une chose, et la coalition a fait un travail formidable. Mais reconstruire le pays en est une autre, et nous sommes seuls''. »