Chroniques de guerre

— 

Dans les ruines de la banlieue sud de Beyrouth, les familles tentent de prendre les pelleteuses de vitesse afin d'arracher aux gravats les ultimes vestiges d'une vie.
Dans les ruines de la banlieue sud de Beyrouth, les familles tentent de prendre les pelleteuses de vitesse afin d'arracher aux gravats les ultimes vestiges d'une vie. — Anwar Amro AFP

Informations alternatives, coups de gueule et réflexion, les blogs sur la guerre se systématisent côté israélien et libanais.

Chaque guerre a ses blogs. Celle du Liban ne fait pas exception. Loin du reportage journalistique, ils offrent des informations alternatives sur la façon dont les populations vivent ces moments tragiques. Depuis le début du conflit, de nombreux journaux se sont d’ailleurs emparés du phénomène, sous le regard ironique des blogueurs eux-mêmes, comme en témoigne une jeune habitante de Tel-Aviv sur On the face : « L’histoire de la guerre la plus bloguée est devenue le sujet du mois, avec des articles sur les blogs libanais et israéliens qui éclosent un peu partout. C’est étrange de voir à quel point les mauvaises nouvelles attirent l’attention sur vous hein ? » Tant et si bien que certains blogueurs ont été cités ou contactés par des médias, pour une interview ou une collaboration.
Entre réflexions et billets d’humeur, ces blogs, écrits à la première personne, offrent surtout des points de vue personnels et sensibles, laissant filtrer des bouts d’histoires marquées par la guerre. Bloggingbeirut.net fait partie de ces multiples sites qui ont éclos sur la toile. Tenu anonymement par un Libanais sous le pseudo « finkployd », il rend compte de la vie dans la capitale bombardée, entre zone de guerre désertée et lieux de vie et tient à jour les pertes humaines, civiles et militaires, de chaque camp. Se voulant apolitique et non partisan, il se présente aussi comme un espace de débat. Un lien vers Bloggingcairo.net  donne un aperçu du soutien du monde arabe au Liban. Une série de photos témoigne d’une manifestation où se mêlent drapeau libanais et emblèmes du Hezbollah… Sur le blog Beirout Notes, un dénommé ZadigVoltaire a écrit un émouvant post sur son Beyrouth : « Ce Liban n’est plus le mien. J’ai toujours su que ce jour viendrait. En fait, la plupart des Libanais de l’ouest le pensaient. Je pouvais le voir venir. La misère, la pauvreté, l’inégalité. C’était sur le point d’exploser. Le Hezbollah est né d’une population désespérée, et avec son mélange de prêche, de charité et de victoires militaires contre un ennemi réputé imbattable, il a donné du sens à leur vie. (…) Aujourd’hui, le Hezbollah est un train d’imposer son virage au Liban et je ne veux pas en faire partie. J’ai vécu la guerre entre 1975 et 1990, et je ne veux pas repasser par là une nouvelle fois. » Autre frontière, autre vision. « Live from an Israeli bunker », tenu par un jeune Israélien depuis un abri à Haïfa, alterne, par des billets très denses, prises de positions pro-israéliennes et récits de la vie de bunker entre sirènes et tirs de roquettes. Espaces d’informations, de points de vue ou journal intime, ces bouteilles à la mer sont d’abord destinées à être lues pour ensuite faire réagir. « Ce n’est pas juste que les civils soient blessés, écrit Shachar, se décrivant comme un soldat israélien en poste près de la frontière, aux Blogueurs Libanais. Je vous envois mes meilleurs vœux d’ici, et espère que vous et vos familles seront forts. » Une façon de poursuivre le dialogue entre les deux côtés de la frontière unis dans la même guerre.

Sandrine Cochard