Somalie: Des élections historiques, mais qui risquent de ne pas changer grand chose

AFRIQUE Pour la première fois depuis 21 ans, le Parlement somalien doit élire ce lundi un président parmi 25 candidats, dont le nom est parfois associé à des scandales de corruption, notamment de détournement d'aide humanitaire...

B.D. avec AFP

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Un homme passe devant une affiche de campagne du président Sheikh Sharif Ahmed, à Mogadicio, le 9 septembre 2012.
Un homme passe devant une affiche de campagne du président Sheikh Sharif Ahmed, à Mogadicio, le 9 septembre 2012. — REUTERS/Feisal Omar

Le nouveau Parlement somalien est réuni ce lundi à Mogadiscio pour élire un président à la tête du pays, plongé dans la guerre civile et privé d'autorité centrale effective depuis 21 ans. Cette élection attendue après plusieurs reports -elle aurait dû avoir lieu le 20 août au plus tard- représente «une des dates les plus importantes de l'histoire politique de la Somalie», a affirmé ce lundi l'envoyé spécial des Nations unies pour ce pays, Augustine Mahiga.

Il s’agit pour le représentant onusien du Parlement «le plus qualifié» de l’histoire du pays, puisqu’«environ 60% de ses membres sont titulaires d'un diplôme universitaire». Il a appelé les députés «à rester à la hauteur de ce qui a déjà été fait en choisissant le meilleur candidat pour diriger leur nation». Cependant, la plupart des analystes expriment cependant leur scepticisme, estimant que le processus en cours risque de reconduire au pouvoir les mêmes personnalités, dont le nom est parfois associé à des scandales de corruption, notamment de détournement d'aide humanitaire.

Le président sortant à titre transitoire, Sharif Cheikh Ahmed, candidat à sa propre succession, a assuré pour sa part ce lundi à l'AFP «qu'il était absolument honnête et que l'argent ne jouerait aucun rôle dans (sa) réélection». Il est l’un des grands favoris de ce scrutin, même si un rapport récent de l'ONU estimait que sous son mandat, «les détournements de fonds systématiques, l’accaparement pur et simple de fonds et les vols d'argent public sont devenus des systèmes de gouvernement».

Affrontements

L'approche de la présidentielle a donné lieu à de féroces affrontements, orchestrés autour des lignes claniques au coeur de la vie politique somalienne. Le Conseil de sécurité de l'ONU a mis en garde contre des pratiques «d'intimidation», se disant prêt à «des actions contre les individus dont les actes menacent la paix, la stabilité ou la sécurité de la Somalie». «Si vous m'élisez, Al-Qaida et (le mouvement insurgé islamiste somalien) shebab seront rejetés de cette région et j'y éliminerai le terrorisme», a assuré Sharif Cheikh Ahmed, élu en 2009 après avoir rallié les institutions de transition qu'il combattait auparavant à la tête d'une rébellion islamique.

Les islamistes shebab mènent depuis la guerre contre les institutions transitoires que préside Sharif Cheikh Ahmed, même s'ils ont dû céder du terrain depuis un an face à une force de l'Union africaine et à des contingents envoyés en Somalie par le Kenya et l'Ethiopie voisins. Des mesures de sécurité renforcées, avec fouilles au corps, y compris pour les parlementaires, et prise d'empreintes digitales, ont été mises en place à l'Ecole nationale de la police, où se tient la réunion, pour écarter tout risque d'attentat.

10.000 dollars pour pouvoir se présenter

229 députés étaient présents -sur un total de 275 qui doivent siéger à terme- pour départager 25 candidats à la présidence, qui ont tous versé 10.000 dollars pour pouvoir se présenter. Parmi les principaux candidats à la fonction suprême figure aussi le Premier ministre sortant Abdiweli Mohamed Ali, formé aux Etats-Unis. Dans le camp de réfugiés somaliens de Dadaab (est du Kenya), où s'entassent plus de 450.000 personnes, environ 200 jeunes ont manifesté pour protester contre leur non-participation au scrutin, et pour appuyer la candidature d'Abdullahi Mohamed Farmajo, Premier ministre entre fin 2010 et mi-2011, réputé populaire dans les rues de Mogadiscio, a constaté l'AFP.

En raison de la persistance des combats et de l'absence de toute structure étatique, la population somalienne -environ 8 millions de personnes à l'intérieur du pays- a été tenue totalement à l'écart du renouvellement des instances dirigeantes. Les députés fraîchement désignés le mois dernier l'ont été par un comité de chefs coutumiers, au terme d'arbitrages très tendus entre clans.