«Souping», «juicing»... Mais pourquoi ajouter -ing à la fin des mots?

TENDANCE Ce week-end, un article du magazine « ELLE » sur le « souping », l’art de manger de la soupe, a beaucoup fait rire les internautes…

Clio Weickert

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Une soupe pour faire du «souping»
Une soupe pour faire du «souping» — Deborah Gertz Husar/AP/SIPA

On connaissait le cocooning, le contouring, l’aquabiking, le curling, le camping même, mais ce week-end, le magazine ELLE a fait sensation avec un nouveau mot de vocabulaire ultra sophistiqué :   le « souping ». Aussi obscur que puisse paraître ce terme, il est fort probable que vous ayez déjà, de gré ou de force (probablement de force, mais il s’agit d’un autre débat), eu recours au souping dans votre existence, pour la simple et bonne raison qu’il s’agit… de manger une soupe (ou de la boire ?). « Comme son nom l’indique, le souping est une soupe, de préférence home made réalisée à partir de légumes aux effets détoxifiants », explique l’article. Et ce n’est pas tout.

Le titre de l’article apporte une dimension supplémentaire à cette activité hivernale en vogue : « Et si le souping était le nouveau juicing d’hiver ? » Pour les nullos, le « juicing », c’est du jus à base « de fruits pressés à froid, pour booster ses apports en nutriments et vitamines ». En d’autres termes : boire du jus de fruit.

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L’amour du franglais

Bon, on a eu beau retourner le problème dans tous les sens et tenter de se faire l’avocat du diable, le « souping », c’est non. Manger une soupe, aussi fadasse soit-elle, doit rester « manger une soupe ». L’affaire du souping soulève néanmoins une véritable problématique : d’où vient cette fâcheuse manie d’ajouter des – ing partout ? Sommes-nous vraiment obligés de piquer leurs expressions  à nos amis anglophones, même si ça frise le ridicule ?

Figurez-vous que la pratique ne date pas d’hier, et remonterait même au 19e siècle, selon le linguiste Alain Rey, cofondateur du Petit Robert. « Cette forme verbale en anglais est devenue un substantif en français », explique-t-il, précisant qu’il s’agit « d’un exemple déjà ancien du métissage de ces deux langues. » Un mélange qui nous paraîtrait plus sérieux, plus moderne, quitte à sombrer dans une démarche stylistique un peu grotesque. « Si l’on ajoute – ing sans précaution, cela ressemble un peu à une démarche publicitaire, ajoute-t-il. Dans ce cas, cela peut paraître ridicule parce que le mot "soupe" est un terme très traditionnel dans la langue française. » Laissons donc le souping aux anglophones, et remettons-nous à manger de la soupe.

En attendant, ces termes un poil alambiqués ont beaucoup fait rire les utilisateurs de Twitter notamment, qui s’en sont donnés à cœur joie pour se moquer plus ou moins gentiment du magazine féminin. Petit florilège :