C'est quoi la musique «indé» ? Le directeur de Tinals nous explique

FESTIVAL Alors que la 5e édition du This Is Not a Love Song Festival s’ouvre ce vendredi, 20 Minutes a demandé à Fred Jumel ce qu’était la musique dite « indie »…

Anne Demoulin

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Un père et son enfant lors de l'édition 2015 du festival This Is Not A Love Song.
Un père et son enfant lors de l'édition 2015 du festival This Is Not A Love Song. — Fabien Garcin/This Is Not A Love Song

« Indie music festival », « le festival des musiques dites “indie” », « cet éden des musiques indépendantes ». Tels sont les expressions utilisées pour présenter le festival This Is Not a Love Song, qui ouvre les portes de sa 5e édition ce vendredi à Nîmes, et ce jusqu’à dimanche. Mais kézaco, un festival de musique indé ? Et, ça veut dire quoi au juste, dans la musique, être indé ? Fred Jumel, le directeur du festival, téméraire, a gentiment accepté de rentrer dans le débat…

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Téméraire, parce qu’en général, quand on essaye de définir ce qu’est la « musique indé », on se retrouve piégé dans une longue, très longue conversation… On utilise souvent ce terme pour distinguer la musique produite dans des majors, de celles produites dans des labels indépendants. Ok, mais la Motown et Sun Records sont des labels indépendants. Et reconnaissons-le Diana Ross et Elvis Presley ne sont pas forcément les artistes qu’on a tête quand on prononce l’expression « musique indé ».

Ils sont beaucoup trop « mainstream », s’en suit forcément le débat, qui ne vaut pas la peine de s’arracher les cheveux, où l’on se demandera avec véhémence à quel niveau de ventes un groupe n’est plus indé. On citera alors les Arctic Monkeys et on déterminera si oui ou non, le Velvet Underground était déjà un groupe indépendant ou pas…

La meilleure définition de la musique indé

S’attaquer à la définition de la musique indé, c’est finalement se demander « Qu’est-ce que la contre-culture ? », et si l’esprit indie est vraiment réapparu au début des années 2000 avec le renouveau créatif amplifié par Internet. « Les artistes indé sont ceux qui font beaucoup de choses par eux-mêmes. Ils jouent de la musique, montent leur label, créent leurs fanzines ou leur blog au besoin », tranche Fred Jumel.

L’essence de la musique indé réside donc dans le côté Do-It-Yourself du projet artistique des musiciens : « Du coup, il y a de la sincérité dans le projet artistique, cela donne de la singularité au projet, on a moins de chances d’être formaté, le son est plus naturel, plus authentique, porté par des passionnés », achève de nous convaincre le directeur du festival Tinals.

Un esprit DIY

« Tinals est un festival qui se revendique indé parce qu’il procède de la même démarche que la musique indé », lance Fred Jumel. Piloté par la Smac Paloma et l’association Come On People, This Is Not a Love Song est né de la rencontre de « passionnés, qui voulaient monter un festival qui leur ressemble, avec une ambiance, un état d’esprit que l’on ne trouve pas forcément ailleurs. »

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Le décor du festival Tinals est réalisé par 300 bénévoles qui fabriquent tout : « Cela donne au lieu un côté hippie chic », s’amuse Fred Jumel. La philosophie Do-It-Yourself s’exprime aussi bien au travers des ateliers et des animations. De la confection d’un bijou, d’une couronne de fleurs, en passant par la sérigraphie d’affiches, l’enregistrement d’un morceau de musique ou la participation à un speed meeting géant, This Is Not a Love Song « souhaite faire du public un véritable acteur de son festival pour en faire quelque chose de propice à la rencontre ».

« Ouvert sur le monde »

Fred Jumel et Christian Allex, à la direction artistique, ne s’interdisent rien en matière de programmation. « On est plus dans une démarche que dans une sonorité particulière, on ne se restreint pas au rock, on a de la folk, du garage, des sons urbains, des artistes nationaux, régionaux. On est ouvert sur le monde », résume Fred Jumel. Refusant de devenir un événement de niche, This Is Not a Love Song est accessible au plus grand nombre. Les après-midi du festival sont gratuites et proposent des concerts et des animations, dont de nombreuses conçues spécialement pour les enfants.

Indé, c’est donc cet état d’esprit qui permet à Tinals de « taquiner les deux géants que sont Primavera et le Pitchfork », selon Sourdoreille, et d’attirer de plus en plus de spectateurs : 4. 000 pour la première édition en 2013, 15.000 l’an passé, combien cette année ? Courez-y vite avant que ça devienne « mainstream » !