Bave d’escargot, venin de serpent… Quand les marques de cosmétiques misent sur les ingrédients cracra

BEAUTE Nos crèmes de jour et autres contours des yeux ressemblent de plus en plus à des potions de sorcières…

Clio Weickert

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Serpents, fourmis et escargots, les nouveaux meilleurs amis de l'épiderme?
Serpents, fourmis et escargots, les nouveaux meilleurs amis de l'épiderme? — SIPA
  • Grosse tendance de produits dégueu au rayon cosmétique
  • Des produits rigolos, mais vraiment efficaces ?

Pulpe de noix de coco, pétales de Néroli, argan iodé aux éclats de cacahuètes et grains de riz soufflés du mont Fuji… Il n’y a pas si longtemps, se promener dans un rayon de produits cosmétiques promettait de belles invitations au voyage. Mais ça, comme dirait la pub à la télé, c’était avant. Désormais, les crèmes de jour et autres fluides antirides semblent tout droit sortis d’un grimoire de sorcières, et non plus d’une agence FRAM. Car de plus en plus de marques surfent sur une nouvelle tendance : les ingrédients cracra.

Pas de panique, on ne parlera pas de contours des yeux au cérumen ou de baumes à lèvres aux comédons (ça viendra probablement), mais debave d’escargot, de venin de serpent ou encore d’œufs de fourmis. Rien que ça. Les bébêtes un peu dégueu seraient-elles les nouvelles meilleures amies de notre épiderme ?

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De la bave et du venin pour les rides 

Et si le gastéropode, et plus précisément sa bave, devenait l’ennemi juré de vos rides ? De plus en plus de marques s’intéressent à ce liquide visqueux et lui accordent un pouvoir « auto régénérant ». Pour cela, elles mettent notamment en exergue la forte concentration de la bave en allantoïne (présent aussi dans le liquide amniotique), composé chimique connu pour ses vertus cicatrisantes. La société Naturlmen, spécialisée dans ces produits, la recommande pour lutter contre à peu près tout : contre le vieillissement de la peau, pour atténuer les vergetures ainsi que les taches cutanées dues à l’âge ou à l’exposition au soleil…

Autre actif naturel en vogue : le venin d’abeille. Selon la marque Abellie, qui lance une toute nouvelle gamme de crèmes « liftante et antitâches » (« Eclat royal », à partir de 39 euros), « le venin "tromperait" la peau en lui faisant croire qu’elle a été légèrement piquée », grâce à la toxine Melitine qui « augmente le flux sanguin et stimule la production de collagène et d’élastine ». Conséquence : une peau plus lisse. Inutile de préciser que se ruer sur une ruche en espérant paraître dix ans de moins, ne vous conduira pas à grand-chose, si ce n’est à la mort (et ce serait dommage quand même).

Du cracra oui, mais de synthèse

Dans la famille du venin, certaines marques vantent quant à elles le pouvoir de celui du serpent. C’est le cas de Garancia et de sa gamme anti-âge « Mystérieuse », incarnée visuellement par un reptile. Dans la recette, pas une seule goutte de venin de serpent naturel, mais un « peptide de venin de serpent de synthèse ». Un ingrédient « myorelaxant », « botox-like » comme le décrit la marque, et probablement efficace, mais tout sauf naturel. Si vous aviez l’impression de vivre dangereusement grâce à ce venin de serpent, c’est donc raté.

Même topo avec les œufs de fourmis, que contiennent certaines crèmes pour « réduire la pilosité », inspirées de recettes ancestrales. Il s’agit en fait « d’acide formique de synthèse recréé en laboratoire », explique la société Cosmeto Nature, qui distribue entre autres la marque Gutto Natural, spécialisé dans la fourmi. L’acide est peut-être efficace pour lutter contre la pilosité, mais l’ingrédient n’a rien de naturel. Donc si vous trouviez ça classe d’utiliser un produit miracle et cracra pour dompter les poils de votre maillot, c’est encore raté.

Et l’efficacité dans tout ça ?

Si ces produits fascinent, amusent ou intriguent, sont-ils vraiment efficaces ? Contacté par 20 Minutes, le dermatologue Henry Pawin se montre relativement sceptique. « Peut-être que cela fonctionne, mais les arguments que les marques mettent en avant ne suffisent pas à prouver leur efficacité et sont scientifiquement nuls », explique-t-il. J’aurais plutôt tendance à dire que c’est une mode qui permet un renouvellement marketing, fondé sur la nature, mais tout ce qui est naturel n’est pas forcément bon ».

Y a-t-il donc une grande utilité à se badigeonner le visage et le corps de crèmes plus ou moins débectantes ? A priori, à défaut d’être réellement efficaces, elles ne peuvent pas faire de mal. Donc si on y croit très très fort, peut-être que cela fonctionnera.