Maison Hikaku a le cuir dans la peau

MODE Cette petite entreprise, dirigée par Emmanuelle Keller, fabrique des sacs made in France dans un atelier en plein cœur de Paris...

Coralie Lemke

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Dans cette maroquinerie le cuir est soigneusement peint à la main pour un résultat raffiné et de qualité.
Dans cette maroquinerie le cuir est soigneusement peint à la main pour un résultat raffiné et de qualité. — C. LEMKE / 20MINUTES

Au sous-sol de son atelier, Emmanuelle Keller est face à ses rouleaux de cuir. Certains ont gardé leur couleur naturelle, d’autres sont rouges carmin ou bleu nuit. Elle en étale un sur une grande table et inspecte le tissu, dont la forme inégale est due à l’anatomie de l’animal. « Regardez, on voit encore la trace de la colonne vertébrale et celles des veines. Le cuir, c’est une matière vivante. »

Emmanuelle Keller a ouvert sa marque de maroquinerie, Maison Hikaku en 2012. Cette styliste de formation, qui travaillait dans le prêt-à-porter, a eu envie de changer de métier. Connaissant les réseaux de la mode, elle se lance dans la fabrication de sacs avec Louise, son associée. Elles s’entourent de deux maroquinières, Lily et Marie. « J’étais frustrée de travailler avec des interlocuteurs en Chine. Au moins, avec les filles, c’est rock’n’roll », sourit cette petite brune aux gestes soignés.

Elles commencent par faire des prototypes pour des maisons de luxe et créent une première collection pour présenter leur identité. Aujourd’hui, elles reçoivent leurs clients dans leur atelier parisien. Un grand espace où les sacs s’exposent au milieu des machines à coudre. « Je voulais ouvrir un espace qui puisse accueillir des gens. C’est l’occasion de remettre le produit au centre. »

Jusqu’à sept prototypes

Maison Hikaku propose une base de sacs qui peuvent être aménagés, avec ou sans rabat, agrémentés de différentes poignées ou lanières. Pour chacun des modèles qu’elle propose, son équipe et elle a du fabriquer plusieurs prototypes, parfois jusqu’à sept. Le cuir est découpé sur un patron, cousu, assemblé, peint, renforcé, doublé avec un tissu en coton. En tout, trois jours sont nécessaires pour faire un sac. « Il faut être minutieux et bien organisé », souligne Emmanuelle Keller, qui s’amuse de voir que « certaines pensent qu’il nous faut deux petites heures. »

D’autant que le cuir est un matériau chronophage. « Il se patine avec le temps et fonce à la lumière. C’est très spécifique. » Pour illustrer cette approche complexe, Emmanuelle Keller a décidé d’appeler sa marque Maison Hikaku, un mot japonais qui peut signifier « cuir ». « Je suis très imprégnée de la culture du Japon. Leurs habitants ont énormément de rigueur dans leur travail. C’est l’idée que je voulais faire passer. » Cette rigueur n’empêche pas aux créatrices de s’amuser, comme pour la nouvelle collection, qui fait la part belle aux paillettes.