Kenzo x H&M: Ils ont campé toute la nuit à Paris devant l'enseigne suédoise

MODE Certains ont passé la nuit dehors pour acheter la collection capsule la plus attendue de l'année, même si, au petit matin, la foule n'était pas aussi dense que prévu...

Anne Demoulin

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Lim et son mari campent devant le H&M de la rue Lafayette à Paris pour la collection H&M x Kenzo.
Lim et son mari campent devant le H&M de la rue Lafayette à Paris pour la collection H&M x Kenzo. — A. Demoulin/20 Minutes

C’est LA collection capsule la plus attendue de l’année. Le géant suédois a misé sur la maison Kenzo, dirigée par les créateurs Carol Lim et Humberto Leon, pour sa seizième collaboration. La pépite du groupe LVMH et l’enseigne de fast fashion ont savamment orchestré leur plan de communication : annonce de la collaboration il y a six mois, premières images d'une campagne réalisée par Jean-Paul Goude autour des sept « ambassadeurs » (les musiciens Chance The Rapper, Suboi et Ryuichi Sakamoto, les actrices Rosario Dawson et Chloë Sevigny, le mannequin Iman, et l’activiste Xiuhtezcatl Martinez) fin septembre, un lookbook dévoilé début octobre, un défilé spectaculaire avec des danseurs et des beatboxers à New York le 19 octobre et même EMOTIKENZO, une collection d’émojis célébrant le partenariat ! L’an dernier, l’enseigne suédoise, prise d’assaut par les fashionistas fans de Balmain et des créations d’Olivier Rousteing, devait baisser les rideaux face à l’affluence. La nouvelle capsule va-t-elle susciter le même engouement ?

Thermolactyl et legging sous des vêtements chauds

Il est environ minuit. Devant le H&M du boulevard Haussmann à Paris, deux jeunes hommes confortablement installés sur des chaises pliantes dotées d’un porte-thermos se servent un café. Ils ont aussi revêtu leurs tenues de combat : « Un thermolactyl et un legging » sous des vêtements chauds. « On fait des "campe", on dit comme ça, pour les chaussures et sneakers en édition limitée aussi. On est des habitués », rigole celui qui se surnomme le « sleeper » (« le dormeur »). Pour les toilettes, « on se débrouille, mais une fois qu’on est dans la file, on ne peut plus la quitter », regrette-t-il.

Un homme vient les aborder : « Vous êtes là pour H&M ? » « Oui », répondent en cœur les deux hommes. « Je viens livrer la collection Kenzo x H&M, et je ne peux pas passer, un autre camion bloque l’accès. » « Nous sommes clients, mais on veut bien que vous nous laissiez la collection », plaisante le sleeper. A l’intérieur, les équipes du géant suédois s’affairent, le rideau se lève, un des membres du personnel vient à la rescousse du livreur. La collection sera mise en rayon au cours de la nuit.

« Je suis là tôt parce que je veux les items [les pièces de la collection capsule, NDLR], au moins, je ne prends pas de risques », confie Raoul Patrick, le second jeune homme. Il it vouloir se rhabiller pour l’hiver, a repéré un « bombers, deux tee-shirts, deux pulls et une parka ». Le sleeper espère quant à lui écouler ce qu’il va acheter sur eBay. « Je veux revendre à nos amis asiatiques », m’explique-t-il. Il envisage d’acheter « le bombers, un tee-shirt qui est brodé, les tee-shirts avec l’inscription "Kenzo" et le sweat-shirt avec le tigre ». A la différence de certains, qui ont mis en vente des articles de la collection avant même le coup d’envoi, le sleeper ne propose pas de précommande : « Je ne sais pas ce que je vais avoir, on ne prend pas de risque, mais tout ce que je vais prendre sera revendu. » Au double du prix acheté. « Je ne fais pas des prix exorbitants parce que la hype Kenzo x H&M va vite retomber et que les gens vont oublier », considère-t-il.

Selon nos deux experts du campement, les acheteurs auraient dû arriver plus tôt, mais « le froid et la rentrée les ont découragés. Les gens sont peut-être aux Champs-Elysées, parce que c’est le flagship [le plus gros magasin H&M, NDLR], ils ont peut-être plus de stock là-bas ». L’an dernier, Olivier Rousteing y avait fait une apparition. « L’an dernier pour Balmain, le premier était arrivé à 20h, se souvient le sleeper. » « Les gens aiment moins cette collection-ci, estime Raoul Patrick. Il y a beaucoup de pièces pour les hommes, mais pour les femmes, ce n’est pas terrible. »

Un constat partagé par certains sur Twitter, où l’univers coloré de Kenzo ne fait pas l’unanimité.

D’autres comme Lim et son mari, installés un peu plus loin devant le H&M de la rue Lafayette à Paris, sont impatients. Les deux Hongkongais sont en vacances à Paris, et s'apprêtent à passer la nuit sur le rebord de la vitrine du géant suédois. « Ce n’est pas si terrible, il ne fait pas très froid et je suis bien couverte. C’est plus facile pour moi de ne pas aller me coucher que de me lever tôt », confie Lim, emmitouflée dans un sweat à capuche, une doudoune et un cache-nez. Pas de thermos, les deux Hongkongais ont bu un café juste avant de venir pour tenir le coup cette nuit. Lim souhaite acheter des tee-shirts et des sacs pour elle, son mari et des amis. Son budget ? « De 500 à 1000 euros. »

La tempête n’a pas eu lieu

La file d’attente devant H&M se forme vers 6 heures du matin. « On est là pour Kenzo, quelle question ! », lancent Mehdi et Sidiki. « On a repéré des pulls et des tee-shirts, la question va être de décider ce qu’on va prendre ou pas », annonce Sidiki. « Moi, c’est open bar, la carte bleue est blanche », pour Mehdi. Si les fashionistas, les revendeurs d’eBay et les touristes asiatiques sont bien au rendez-vous, on est loin de l’hystérie provoquée par la collection Balmain x H&M.

« J'étais venue pour Balmain l’an dernier et c’était beaucoup moins bien organisé. Cette année, c’est moins effrayant », s’exclame Marion, qui est venue en voisine du H&M de la rue Lafayette à Paris. Elle souhaite s’acheter « un sac, des boucles d’oreilles et peut-être une tunique ».

Vu le chaos devant ses enseignes l’an passé, H&M a cette fois prévu de nombreux agents de sécurité pour distribuer des bracelets numérotés à présenter à l’entrée. Entre la collaboration Balmain et celle avec Kenzo, il y a eu les attentats et l’enseigne suédoise a pris toutes les précautions necessaires. Des hôtesses distribuent des croissants et des bouteilles d’eau siglées Kenzo.

A 8h, le sleeper et Raoul Patrick sont les premiers à entrer dans le H&M du boulevard Haussmann. Lim et son époux, les premiers au H&M de la rue Lafayette. « La nuit s’est bien passée, mais on a hâte d’être au chaud », raconte-t-elle. Lim sortira de l’enseigne suédoise avec trois immenses sacs remplis à ras bord, le sourire aux lèvres.

Kenzo x H&M n’a pas attiré autant de monde que la collection Balmain. La collection créée par Carol Lim et Humberto Leon était peut-être esthétiquement moins accessible que celle d’Olivier Rousteing. Les bousculades de l’an passé ont aussi probablement découragé certains afficionados.

 A 9 heures tapantes, plus personne ne fait la queue devant les H&M du boulevard Haussmann et de la rue Lafayette. La «hype» Kenzo x H&M est déjà retombée...