Vins, fromages, viandes et poissons: Des plateformes réinventent les circuits courts

ALIMENTATION Recevoir du poisson et du fromage dans sa boîte aux lettres, c’est désormais possible…

Jean-Jacques Valette

— 

Une assiette de fromage accompagnée de vin.
Une assiette de fromage accompagnée de vin. — Fofie57 / Flickr

Un clic, une côtelette. Depuis trois ans, les plateformes de livraison de nourriture se multiplient sur Internet. Et il n’y a pas que les grandes chaînes de supermarché à se mettre à la livraison à domicile : une multitude de sites web entendent fournir les consommateurs en produits de qualité grâce aux circuits courts.

Envie d’acheter du vin bio ? Wine Republik vous ouvre son magasin en ligne. Vous recherchez de la viande de qualité ?  Okadran, Ah la Vache et les Colis du boucher ont tout ce qu’il vous faut. Du poisson frais ?  Poiscaille vous livre dans un de ses points relais. Et il en va de même pour le fromage avec les Nouveaux Fromagers ou le miel avec Honly.

Okadran : la place de marché de la viande

« Il y a une demande en plein essor des consommateurs pour des produits de qualité », estime Roger Mechri, un ancien de Paypal qui a fondé la plateforme Okadran. « Les Amaps sont très pratiques pour les fruits et légumes mais elles n’ont pas toujours les contacts ou la chaîne logistique pour des produits comme la viande ou la charcuterie », précise-t-il. Lancée fin juin, sa plateforme est l’une des petites dernières du secteur. « Ça commence très fort, nous avons déjà 150 éleveurs enregistrés et 1.500 clients. Nous avons fait un mois de septembre exceptionnel avec plus de 20.000 euros de commandes. »

Sur Okadran, ce sont les éleveurs qui mettent en ligne leurs produits et en fixent le prix. Si tous ne sont pas bio, ils respectent en revanche une charte de qualité et sont labellisés au minimum VF ou Label Rouge.

>> A lire aussi : Comment aider les éleveurs français en faisant ses courses?

En échange d’une commission de 16 %, le site prend en charge toute la partie facturation et livraison. « Nous avons signé un partenariat avec Chronofresh, un nouveau service de la Poste qui permet de livrer en moins de 24h grâce à des colis réfrigérés et connectés », explique Roger Mechri.

Poiscaille : défendre la pêche artisanale

Une livraison express que l’on retrouve chez Poiscaille. Fondée en 2015 par Charles Guirriec, un ingénieur agronome « dégoûté par la surexploitation et les marges faites par la grande distribution sur le dos des pêcheurs », cette plateforme permet de se fournir en poissons, coquillages et crustacés grâce à un système de box par abonnement. « Nous avons un réseau de producteurs répartis sur toutes les façades maritimes de la France », explique Charles Guirriec. « Ainsi, nous pouvons assurer l’approvisionnement même si une tempête paralyse une région ».

Car pour défendre la pêche artisanale, Poiscaille ne travaille qu’avec des bateaux de moins de 12 mètres pratiquant des méthodes douces. « Un chalutier pêche plus de deux tonnes par jour en abîmant le poisson et en détruisant les fonds marins. Nos artisans, par comparaison, ne prélèvent qu’une centaine de kilos et nous nous engageons à acheter leur pêche ». Tous les soirs, ces produits de la mer sont acheminés à Paris avant d’être redistribués au matin aux abonnés dans l’un des lieux partenaires. « Pour l’instant nous ne sommes que sur la capitale mais nous souhaitons nous étendre dès cette année », assure Charles Guirriec.

Plateau express avec les Nouveaux Fromagers

« La vente en ligne, c’est aussi la possibilité d’avoir une plus grande variété que si on dépend d’un seul producteur », explique Olivier Birade, fondateur des Nouveaux Fromagers. C’est en 2013 que cet entrepreneur a lancé la première « fromagerie en ligne ». Un concept innovant qui a rapidement trouvé son public : « Nous livrons actuellement plus de deux tonnes par mois, dans toute la France et au Royaume-Uni », se félicite Olivier Birade.

La clé du succès ? Un réseau de 60 producteurs issus de tous les terroirs français qui lui permet de répertorier 200 fromages. Pas mal pour un pays qui en compterait autant que de jours dans l’année. « Nous avons notre propre cave à 20km de Paris où nous affinons et découpons les meules avant de les expédier. Nous pouvons même livrer un plateau de fromages sur Paris en moins de deux heures. »

Du vin bio avec Wine Republik

Pour arroser son frometon express, rien de tel qu’une bouteille achetée par correspondance. C’est ce que propose Wine Republik, un site créé en 2014 par Benjamin Albarède et qui regroupe aujourd’hui 6.000 membres et 80 vignerons. « La vente en gros de vin est un secteur qui existe depuis longtemps mais nous voulions y apporter plus de transparence. » Sur Wine Republik, les vins sont en effet testés deux fois : la première par les experts de la plateforme qui sélectionnent les crus. Et la deuxième par les internautes qui peuvent laisser des appréciations comme sur Amazon.

« Nos bouteilles sont vendues entre 8 et 10€, avec des premiers prix à 5€. C’est ce qu’il faut aujourd’hui pour avoir une certaine qualité et un engagement environnemental ». Car sur Wine Republik, les deux tiers des bouteilles sont produites en biodynamie. Seul hic : les frais de ports élevés du fait du poids et de la fragilité des bouteilles. « On contourne le problème en développant l’achat groupé entre plusieurs personnes ou en livrant directement dans des Amaps. A Paris, celle du « Marché sur l’eau » livre ainsi nos bouteilles par voie fluviale aux habitants du quartier Stalingrad ! »

Honly : la chaîne du froid du miel

Enfin, faire ses courses sur Internet peut être l’occasion de tester des produits gastronomiques introuvables dans le commerce. C’est ce que propose Honly avec le miel. Derrière ce site, il y a Alain Coutant, un passionné d’apiculture : « Le marché du miel est très obscur en France. Une grande partie est importée de Chine ou d’Europe de l’Est. Il est mélangé, il n’y a aucune traçabilité… C’est du grand n’importe quoi ! »

Lui qui se définit comme un « caviste du miel » entend faire découvrir à ses clients des parfums rares comme ceux du miel de trèfle, d’arbousier ou de tournesol. Le tout en respectant la chaîne du froid : « Car le miel se conserve au frais ! Je n’invente rien, c’est écrit dans tous les manuels d’apiculture », assure-t-il.

>> A lire aussi : Pourquoi la récolte de miel est catastrophique en France cette année?

Mais ce modèle est-il encore du circuit court ? « Oui, car il n’y a qu’un seul intermédiaire. C’est le maximum légal », assure Alain Coutant. Un argument qui ne convainc qu’à moitié Sodeh Hamzehlouyan, animatrice du réseau des Amaps en Ile-de-France : « Rien ne remplacera la véritable vente directe telle que pratiquée par les Amaps », signale-t-elle tout en ajoutant que la sienne est fournie en miel, huile, œufs et fromages en plus des traditionnels paniers de légumes. Et le tout entièrement bio. « En attendant, c’est toujours mieux que la grande distribution ! »