La fabuleuse histoire d’une « bombe anatomique »

MODE Le bikini fête ses 70 ans, retour sur le succès planétaire d'un maillot deux-pièces rikiki...

Anne Demoulin

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Micheline Bernardini en Bikini le 5 juillet 1946, la marque déposée par Louis Réard, Brigitte Bardot à Cannes en 1953 et maillot de bain Calarena.
Micheline Bernardini en Bikini le 5 juillet 1946, la marque déposée par Louis Réard, Brigitte Bardot à Cannes en 1953 et maillot de bain Calarena. — Nuits de satin/Lido/Sipa/Calarena

Un succès planétaire pour un maillot rikiki. Le bikini fête ce mardi ses 70 ans et Mode City, le salon international de la lingerie et du swimwear, lui consacre une exposition à Lyon, en collaboration avec Nuits de Satin. Retour sur la fabuleuse histoire de cette invention française, devenue iconique avec Cécile Vivier-Guerin, directrice marketing du salon.

Une « bombe anatomique »

Le 5 juillet 1946, Louis Réard présente un mini-maillot de bain deux pièces lors d’un concours de beauté à la piscine Molitor. Il n’a pas de nom pour sa création. Son concurrent, le couturier Jacques Heim a baptisé son « plus petit maillot de bain du monde », « Atome », pour lui, ce sera « Bikini ».

« Le nom “Bikini” fait référence à l’atoll du Pacifique où les Américains ont procédé à une série d’essais nucléaires le 1er juillet. Louis Réard pensait que son invention allait faire l’effet d’une “bombe atomique” », raconte Cécile Vivier-Guerin.

Le bikini a failli faire plouf

Le premier bikini, présenté par une danseuse du Casino de Paris, Micheline Bernardini, se compose d’un bandeau pour le haut et de deux triangles inversés pour le bas, reliés par une petite cordelette.

Fini les culottes tailles hautes pour les maillots deux pièces ! « Le bikini est révolutionnaire parce qu’il montre pour la première fois ce que les femmes n’osaient pas montrer jusqu’alors, leur nombril. C’est aussi la première fois que les fesses et la poitrine apparaissent aussi dénudées », rappelle l’experte.

Trop en avance sur son époque, le bikini fait un flop. Le prototype rudimentaire et mal réalisé n’intéresse personne. « Le lycra n’existe pas à l’époque. Il n’y a aucune élasticité sur le produit, aucun maintien », note la spécialiste.

Deux autres bombes pour faire exploser le bikini

Il faudra deux autres bombes pour que le bikini explose. Persuadé que les femmes ont envie d’être plus dévêtues sur les plages, Louis Réard fait faire une voiture en forme de bateau et organise en 1948 une tournée des côtes avec sur la plage arrière, une pin-up dans un Bikini Réard en lamé or. Les affaires marchent. Le bikini est loin d’être entré dans les mœurs et dans le dico. « Il faudra attendre les années 1950 et l’arrivée du nylon », souligne Cécile Vivier-Guerin.

Et surtout deux autres bombes. La première éclate en 1953 en plein Festival de Cannes. Elle s’appelle Brigitte Bardot, et affole les photographes dans un bikini nid-d’abeilles fleuri. En 1956, BB brûle l’écran dans Et Dieu… créa la femme et toutes les jeunes filles françaises convoitent le bikini en toile vichy qu’elle porte dans le long-métrage de Roger Vadim. « Le bikini devient le maillot emblématique des pin-up de l’époque », commente l’experte.

Si Dalida chante en 1960 « Itsi bitsi tini ouini, tout petit, petit, Bikini », le mini-maillot n’est pas encore « une pièce à part entière du vestiaire d’été et choque encore ». Deux ans plus tard, Ursula Andress fait une apparition fracassante dans son bikini ivoire, ceinturé d’un couteau dans James Bond 007 contre Dr. No.

Un modèle iconique auquel la marque Eres rend hommage cette saison au sein de sa collection Petula, avec une attache en forme de boucle rappelle la sangle enserrant les hanches de la James Bond girl.

« Le bikini devient l’emblème d’une génération décomplexé, qui a envie de liberté et d’assumer son corps », commente la spécialiste. « A partir de là, il ne va plus nous quitter et devient un des must have qu’une femme a dans son placard », poursuit-elle.

Le bikini aujourd’hui

Soixante-dix ans après sa création, les ventes de bikini atteignent 353 millions d’euros dans l’Hexagone. « Il est l’allié du bronzage et sèche vite. Le bikini est particulièrement adopté par les 15-24 ans », remarque Cécile Vivier-Guerin. Bref, par celles qui ont la silhouette adaptée pour porter le mini-maillot.

Le bikini d’aujourd’hui a beaucoup évolué. « Les créateurs font beaucoup d’efforts sur le bikini pour qu’il puisse s’adapter à des morphologies un peu différentes, avec des bonnets moulés et des armatures pour les poitrines généreuses et des tissus gainant pour camoufler le bas du ventre. »

Certains textiles utilisés pour la fabrication du bikini résistent désormais « au chlore, aux UV, aux sels de mer », bref à la vie de la femme moderne « qui rince son maillot de temps en temps, qui le lave à la fin de la saison, et qui n’en prend pas beaucoup soin. » 

Le bikini se fait sportif aussi. « Les créateurs dégagent les épaules, travaillent sur des asymétries, des découpes géométriques, des laçages qui dessinent une silhouette athlétique et structurée ». Le bikini s’orne « d’imprimés géométriques, animaliers et exotiques vintages ». 70 % des Françaises possèdent un bikini, et le deux-pièces demeure le maillot le plus acheté. Le maxi-succès du mini-maillot a duré.