VIDEO. On a fait relooker un de nos journalistes un peu mal fagoté

MODE Benjamin Chapon, journaliste culture de « 20 Minutes », s’est fait rhabiller par une styliste du personal shopper en ligne, ChicType. Le verdict de la Fashion Police de la rédac...

Anne Demoulin

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Les vêtements sélectionnés par Margot, styliste chez ChicTypes.
Les vêtements sélectionnés par Margot, styliste chez ChicTypes. — A. Demoulin/20 Minutes

Il n’est ni spécialement bien habillé, ni particulièrement mal sapé. Benjamin Chapon, journaliste culture à 20 Minutes, est l’archétype du normcore malgré lui. Son non-look traduit son manque d’intérêt pour la fringue. « Je suis insensible à la mode. Je n’en retire aucune fierté, je suis juste absolument immunisé, ça ne m’intéresse pas », confie-t-il. Journaliste mode à 20 Minutes, je suis sciée lorsque, évoquant le développement des sites de personal shopping qui proposent les conseils d’un styliste personnalisés aux allergiques du magasinage, il lance : « Moi, je veux bien tester ce service pour un article ». C’est décidé, il sera ma Julia Roberts, je serai son Richard Gere. Malheureusement, sans la carte de crédit !

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« Je fais du 44, mais j’ai un peu des grosses fesses »

Je confie notre journaliste aux bons soins de l’équipe de ChicTypes. Première étape du relooking, Benjamin s’entretient au téléphone avec une styliste, Margot. « Cela sert à bien comprendre notre client et à cerner ses besoins », explique cette dernière. Dans l’open space, Benjamin répond à des questions sur sa morphologie, ses « habitudes vestimentaires » et même ses loisirs. « Je ne sais pas m’habiller. Je sais enfiler des vêtements, bien sûr. Mais les accommoder entre eux, non. J’ai une dizaine de tenues standards par saison et je les fais tourner », explique-t-il.

« Je fais du 44, mais j’ai un peu des grosses fesses », lance-t-il à Margot, sous les rires fournis de ses collègues. « Prends ça la pudeur », maugrée-t-il. A l’entendre, il serait le parangon de l’homme ventripotent. Je lui trouve en réalité des faux airs de James Franco.

« Des stratagèmes pour que personne ne remarque mes vêtements »

Le lendemain, nous nous retrouvons dans les locaux de ChicTypes à Aubervilliers. Benjamin se présente avec son uniforme habituel composé d’un jean à la coupe droite, d’un pull gris, d’une chemise bleue, d’une veste bleu marine et d’imposantes chaussures de randonnée. « C’est une tenue très basique, mais il y a un petit effort avec le foulard pour accessoiriser », lance la styliste. « J’ai mis au point des stratagèmes pour que personne ne remarque les vêtements que je porte : gammes chromatiques sobres, marques banales, coupes sans tralala… », détaille le journaliste. « Au moins, il n’y a pas de faute de goût, sauf pour les chaussures », analyse la styliste. « Je marche beaucoup », se défend le journaliste. « On peut être confortable et esthétique », lui rétorque l’experte. Rien de grave donc, mais on peut faire mieux !

J’ai demandé à Margot de composer trois tenues pour Benjamin. Le mot d’ordre ? « Le bousculer un peu. » « J’ai composé des tenues avec de la couleur et des imprimés pour vous changer de vos habitudes », prévient d’emblée la styliste.

« J’ai opté pour un pantalon plus ajusté »

Benjamin Chapon passe la première tenue, casual, en cabine d’essayage. « Je ne sais pas trop comment mettre ça », s’exclame-t-il en sortant, un chèche rose en main. « Soit vous faites un tour autour du cou et vous l’attachez ou vous pliez le chèche en deux et passez les bouts dans la boucle », lui recommande Margot.

Le journaliste passe devant le miroir. Margot détaille la tenue. « J’ai opté pour un pantalon bleu marine plus ajusté en tenant compte de sa morphologie. Benjamin a des bonnes cuisses, donc le pantalon est large en haut, mais il est plus resserré en bas », décrypte la styliste. Le résultat est saisissant : la silhouette de Benjamin paraît plus affinée.

Pour compléter la tenue, une chemise imprimée Liberty dans les tons bleus. « Cela apporte de la fraîcheur dans la tenue, mais avec des tons sobres, pour ne faire trop tape-à-l’œil. », note l’experte. Le journaliste porte aussi un cardigan gris col châle : « Le bleu marine et le gris sont deux couleurs qui matchent bien. Pour mettre une touche colorée, j’ai ajouté un chèche rouge qui rappelle les petites pointes de rouge dans le motif de la chemise », commente Margot. Côté chaussures, « j’ai choisi des baskets bleu marine pour être confortables comme vous marchez beaucoup, mais qui ne font pas trop sport ».

« J’ai horreur des personnes qui me conseillent telle ou telle fringue. Voilà pourquoi, en plus de la flemme, je ne vais pas dans les magasins », avait-il affirmé avant de rencontrer Margot. Il se prête pourtant de bonne grâce à ses propositions. « Elle ne ménage pas ses efforts pour me mettre à l’aise. Et elle y parvient. Je trouve la tenue très confortable », se réjouit-il.

« J’ai l’impression d’être déguisé »

Benjamin passe la seconde tenue, casual chic, cette fois-ci. « C’est très nouveau », s’exclame-t-il en sortant de la cabine. « Le pantalon est très coloré, un rouge un peu passé, avec toujours la même coupe, avec du confort au niveau des cuisses et plus ajustée en bas », analyse la styliste. Margot a choisi sur un pull jacquard bleu marine à col rond : « Cela apporte une touche d’originalité, mais avec une couleur sobre ». La styliste mise sur des chelsea boots brunes, « faciles à porter, elles s’accordent avec beaucoup de choses. La tenue est complétée par un mack, « idéal pour la demi-saison. Une bonne alternative au trench qui fonctionne aussi bien sur des tenues décontractées ou plus habillée. Le mack apporte une touche d’élégance à la silhouette ». Dernier détail, un chèche dans les tons gris « pour agrémenter la tenue ». « J’ai l’impression d’être déguisé », confesse le journaliste, peu habitué à la couleur.

La troisième tenue est « très estivale et plutôt chic », annonce la styliste. Margot a opté pour un pantalon vert d’eau, « la couleur de l’été ». La chemise a des micros motifs : « Cela change des sempiternelles rayures ou petits carreaux », juge l’experte. « Le blazer, un peu texturé, peut aussi être porté avec un jean », conseille Margot. Côtés accessoires, la professionnelle a choisi des « derbies noires, plus habillées, mais confortables grâce à leur semelle en caoutchouc. Elles sont assorties à la ceinture ». « Je n’avais jamais porté de vert d’eau, mais pourquoi pas », s’étonne Benjamin.

« Un jury de collègues à l’âme plus noire que le charbon »

Pour notre cobaye, le pire est à venir : il va devoir défiler avec les trois tenues devant un jury composé de Florence Floux, reporter à la loquacité féroce, à qui l’on doit notamment l’hilarant Hackoscope du numéro spécial #Génération 404, Fabien Randanne, le hipster de la rédaction et  moi-même, journaliste mode à l’œil aiguisé ; bref « un jury de collègues à l’âme plus noire que le charbon » grince Benjamin. Notre idée ? Jouer face caméra à la  Fashion Police, et ne boudons pas notre plaisir à la perspective de tacler gentiment notre collègue.

Le pantalon de la tenue casual est approuvé. Je relève qu’« il porte enfin quelque chose de bien taillé ». Florence met en pièces le cardigan qui « boudine un peu Benjamin ». La seconde tenue, composée d’un pantalon « terre de Sienne », selon Fabien, remporte tous les suffrages. Mention spéciale pour les chelsea boots, « à la pointe de la tendance », fais-je remarquer. La troisième tenue, « trop 16e arrondissement », selon Florence, soulève des débats houleux. Je m’exclame qu’il s’agit de « la tenue idéale pour assister à l’Université d’été des Républicains ». « Il ne manque que le pull autour du cou », renchérit Fabien.

Cependant, la styliste de ChicTypes a relevé le défi. Benjamin est rhabillé. Il doit désormais porter des pantalons ajustés vers le bas, investir dans une paire de chelsea boots ou de baskets, et un mack. « A part l’étape du jury, l’expérience a été bien moins traumatisante qu’appréhendée. Je serai même à deux doigts d’être séduit par le service, surtout avec l’option plus commune où les fringues vous sont livrées à domicile », conclut le journaliste qui a chopé le virus de la mode, sait désormais nouer un chèche et connaît l’origine du tissu Liberty.