Les taches de rousseur ne se sont jamais aussi bien portées

CHIC Loin d'être une honte, elles s'affichent fièrement et deviennent un accessoire de beauté...

Aurélie Selvi

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Les tâches de rousseur ne se cachent plus, elles se montrent, voire se dessinent.
Les tâches de rousseur ne se cachent plus, elles se montrent, voire se dessinent. — EddyVan3000/FlickrCC

« Hé, t’as bronzé à travers une passoire ? » Oubliées, les remarques blessantes de cours de récré. L’heure de la vengeance a sonné pour les trop souvent moquées taches de rousseur. Ces derniers mois, les petits points colorés font un retour fracassant sur le front des tendances.

Il faut dire que les éphélides (leur nom savant) ne manquent pas d’ambassadrices, blondes tout court, vénitiennes ou brunettes, assumant leurs joues tachetées sur les red carpet du monde entier. A l’instar de l’actrice new-yorkaise Sienna Miller ou des bombes à podiums Bar Rafaeli ou Mini Anden. En France, parmi les actrices qui squattent l’affiche, Anaïs Demoustier, Audrey Fleurot ou Sandrine Kiberlain arborent toutes fièrement la jolie nébuleuse sans tenter de la camoufler.

 

Et ces profils, plus naturels, ont aussi la côte dans les métiers de l’image, des défilés aux shootings. « La tache de rousseur, ça peut être un complexe. Nous, on cherche des gens qui en font un atout », explique Sylvie Fabregon, directrice de l’agence de mannequins Wanted. Spécialisée depuis plus de 10 ans dans les profils atypiques - « ce qui ne veut pas dire horribles mais différents » - elle compte sur ses 200 recrues une vingtaine de personnes à taches de rousseur. Des profils « très demandés » sur le marché.

« Parce que ce sont des gens qui s’assument, bien dans leur peau donc souriants, très rayonnants », argue-t-elle, contente que les roux s’imposent enfin dans la galaxie des « cools » et « bossent même davantage » que d’autres mannequins de l’agence. Dès 2013, le très branché photographe anglais Brock Elbank est même parti à la recherche de ces gueules tachetées pour en faire une série de portraits à leur gloire.

Des tutos à foison

Jadis complexe coriace, les taches de rousseur sont devenues un objet de convoitise. Les marques l’ont bien compris, la firme anglaise Top Shop en tête qui fut l’une des premières à commercialiser en 2014 un « Freckle pencil », un crayon à 7 €, dont la mine entremêle deux tons de marrons, destiné à se maquiller de fausses taches… suivi peu après par la marque & Others stories.

Des accessoires que certaines blogueuses beauté n’avaient pas attendus pour tenter l’expérience. Sur sa chaîne YouTube aux 52 119 abonnés, « L’instant (f) utile », Marie s’est intéressée à la question il y a près de deux ans en postant un tutoriel pour se bricoler des taches à l’aide d’un crayon à sourcil à pointe fine. « Je trouve ça super mignon, je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas plus de gens qui font ça alors qu’on se dessine un trait de liner, qu’on se fait la bouche rouge… », y devisait, en préambule, la jeune fille dont la vidéo totalise 47 500 vues et pas mal de commentaires positifs.

Il y a un an, sa technique peaufinée, la blogueuse est revenue sur le sujet pour expliquer à ses fans comment rendre leurs fausses taches indélébiles jusqu’à 5 jours à l’aide d’un autobronzant appliqué avec un mini-pinceau. Sur Twitter ou Pinterest aussi, le hashtag #fakefreckles (fausses taches de rousseur) cache un monde parallèle où les éphélides règnent en maîtres du style.

Pourquoi pas des taches permanentes

Tout un art donc, que certaines aimeraient voir s’afficher sur leurs joues pour des années. Une demande à laquelle répondent de plus en plus d’instituts de beauté spécialisés dans le maquillage permanent. « Depuis deux ans, on sent que les taches de rousseur sont à la mode, grâce notamment à certains mannequins », analyse Carmella Despalle de Béarn, directrice de formation chez Styliderm, une école qui forme au maquillage permanent, annexée à un institut de beauté parisien.

« Cela concerne des clientes entre 18 et 40 ans, qui cherchent à avoir un petit côté coquin et mutin, qu’elles sublimeront ensuite avec de la terracotta », ajoute la spécialiste dont 15 % des personnes qui fréquentent l’institut viennent pour ce type de demande. « On va faire, pour cela, trois taches différentes avec 3 quintes de couleurs, de la plus claire à la plus foncée, à répartir sur les pommettes, le nez sans en abuser (pour éviter de loucher) mais aussi les arcades, le tour des lèvres pour un effet naturel », détaille-t-elle. Des taches qui dureront entre 3 et 5 ans.

De l’autre côté de l’Atlantique, Remi Brixton, une Américaine adepte du concept, a récemment tenté de lever 215 000 dollars sur le site de crowfounding Kickstarter pour lancer sa gamme de patchs imprimant des taches de rousseur semi-permanentes. Et si la jeune femme n’a pas atteint l’objectif de sa collecte, elle a reçu sur les réseaux sociaux les chaudes félicitations de l’acteur Ashton Kutcher. Quand on vous dit que les taches de rousseur sont sexy…