La tendance brinner transforme vos dîners en petit-déj’

DE RETOUR Manger un bol de céréales le soir, la nouvelle régression à la mode...

Aurélie Selvi

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D’abord itinérant, le bar à céréales « Céréaliste » ouvrira bientôt définitivement à Paris.
D’abord itinérant, le bar à céréales « Céréaliste » ouvrira bientôt définitivement à Paris. — © Céréaliste

Le brunch ? So « déjà vu »… En 2016, on essaie le brinner. Quoi ? Vous non plus, vous n’aviez jamais croisé ce mot jusqu’à tomber dessus au détour d’un clic ? Commençons par le début. Leçon n° 1 : selon l’Urban dictionnary, le dico de l’argot du Net, un brinner est « un petit-déjeuner mangé à l’heure du dîner ». Leçon n° 2 : tapez « brinner » dans l’outil de recherche du site d’épinglage d’idées Pinterest et salivez devant ce mur de photos où gaufres au fromage côtoient toasts au french caramel et pancakes à la banane.

Venu des Etats-Unis, le concept brinner y vivote à l’heure du dîner depuis plusieurs années. Julie, une bloggeuse spécialisée dans la cuisine, particulièrement prolixe à ce sujet sur son site « Julie’s eats & treats », a joué les éclaireuses en s’essayant dès 2013 à des recettes petit déj’ for dinner, comme ce pain perdu à la française « AH-MAZ-ING ! », dixit la jeune femme. Début 2015, son acolyte Ashley y publie même un petit précis de 75 recettes pour brinner.

Etre «Céréaliste», tout un concept

Mais le concept a ramé pour traverser l’Atlantique et débarquer en France où il commence doucement à grignoter les milieux branchés. A Paris, l’idée a germé dans la tête de Stephen Marie, cofondateur d’un pop-up store (magasin itinérant) spécialisé à la base dans les œuvres d’art et les vêtements cool, après que deux frangins hipster aient ouvert à Londres, Cereal killer, un bar à céréales. « On s’est dit pourquoi pas créer un concept qui irait avec notre pop-up store. Mais on a voulu aller plus loin en proposant différents types de céréales (du Miel Pops au muesli), variétés de lait (écrémé, soja, amande…) et petits extras (du fruit aux cookies). On a commencé comme ça en 2014, lors d’un événement au Café A, à Paris. Les gens étaient super contents », explique le garçon.

Le concept « Céréaliste » est né. Depuis, il a nourri les nostalgiques du bon vieux bol dans une demi-douzaine d’événements parisiens et une galerie d’art d’Amsterdam. « On a remarqué que, jusqu’à 20 h, le petit déj’ marchait bien en soirée. Après les gens boivent de l’alcool et ça les tente moins », ajoute Stephen, qui travaille à l’ouverture d’un bar sédentaire dans la capitale.

 

I guess when you have a savory breakfast and lunch, the oatmeal for dinner thing calls to you #brinner

Une photo publiée par Emily (@balancingpostivestrides) le 29 Déc. 2015 à 15h02 PST

 

De la régression à la transgression

Pourquoi il y croit ? « Le concept nous a dépassé ! Tous les jours, on reçoit des messages de gens qui nous demandent quand est-ce qu’on ouvre », lance ce fan intégral de céréales, content de rassembler une communauté qui, comme lui, assume sa nostalgie de l’enfance. « J’ai 27 ans et j’appartiens à cette génération qui n’a pas vraiment grandi. On aime les dessins-animés, les céréales. En France, elles sont apparues dans les années 1960 mais c’est la génération des trentenaires d’aujourd’hui qui se les sont vraiment appropriées », ajoute Stephen Marie, qui a creusé le croustillant sujet pour son business plan.

Le petit déj’ le soir, une tendance régressive. Transgressive aussi. « Quand j’étais petit, les parents ne voulaient pas que je mange des céréales le soir, sauf quand j’avais été très gentil. Aujourd’hui, je peux le faire ! », glisse Stephen. Pour Yon, la trentaine, le concept prend aussi des allures de madeleine de Proust. « Ma mère me faisait des tartines le soir quand j’étais môme et qu’elle n’avait pas la foi de faire à manger. Pour moi, c’était la fête ! Je pense que c’est le fait de casser la norme qui me plaisait beaucoup », analyse le jeune expatrié, qui, depuis sa maison du Sénégal, s’offre souvent le soir un plateau « tartines et chocolat chaud ».

 

L'argument minceur

Pour Axelle, c’est plutôt l’argument « flemme » qui l’attire irrésistiblement vers son bol de Special K « jusqu’à trois soirs par semaine ». « Faire des pâtes, ça met au moins 6 minutes. Les céréales, c’est 3 secondes environ », argumente cette jeune maman. Tandis que Myriam voit dans le petit bol un atout minceur et un outil de repentir. « Je fais sauter le dîner pour une ration de muesli sans sucre ajouté quand je sens que je commence à grossir. Je suis clairement victime de la pub où les filles minces disent qu’avec un bol elles font l’équivalent d’un repas équilibré », avoue-t-elle, lucide.

Car en matière d’équilibre alimentaire, le brinner n’est pas un vainqueur, selon Mélanie Bonnet, nutritionniste. « Le soir, il vaut mieux ne pas manger trop sucré pour éviter de générer une nouvelle production d’insuline et de stocker les graisses pendant le sommeil. Si le petit-déjeuner en question est riche en glucides, il sera digéré très rapidement parce que se sont des sucres rapides et vous n’êtes pas non plus à l’abri d’avoir une fringale deux heures après », explique la spécialiste. Car la nostalgie se chiffre en calories. Pour un bol de céréales sucrés de notre enfance et une ration de lait, comptez-en 450, soit juste 50 de moins qu’un bon gros Big Mac.