Pourquoi les produits de beauté sont de plus en plus arty?

BEAUTE Si l’art contemporain s’expose jusqu’à lundi à la FIAC, il s’exhibe aussi dans votre salle de bains…

Anne Demoulin

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Palette Magnificient Obsession, conçu par Steven Klein et François Nars dans le cadre de la série limitée Fantascene.
Palette Magnificient Obsession, conçu par Steven Klein et François Nars dans le cadre de la série limitée Fantascene. — Steven Klein/Nars

Les produits cosmétiques ont la fibre artistique. Si l’art contemporain s’expose jusqu’à lundi à la FIAC, il s’exhibe aussi dans votre salle de bains. Les marques de cosmétiques multiplient les collaborations avec des artistes contemporains. Si le monde de la beauté et le monde de l’art contemporain entretiennent des relations privilégiées, ce n’est pas par hasard. Explications.

Un mariage de raison

Peter Max, l’une des figures majeures de l’art psychédélique américain, a réinventé les flacons des musts de Kiehl’s, en puisant son inspiration dans l’un de ses propres chefs-d’œuvre, The Cosmic Runner. La collection, en édition limitée, sera commercialisée dès le 18 novembre, à l’approche des fêtes de Noël.

Les produits Kiehl’s revus et corrigés par Peter Max.

« Kiehl’s partage un grand nombre des valeurs présentes dans l’œuvre de Peter Max : l’amour, la joie, la solidarité et le respect de l’environnement, entre autres », se réjouit la vice-présidente de la marque à l’international, dans le communiqué. On ne va pas se mentir : ces collaborations sont de bons coups marketing. Mais pas seulement.

Une union légitime

L’univers de la beauté a tissé des liens avec le monde de l’art depuis longtemps. Pensons aux actions de mécénat de LVMH ou de Guerlain. Le parfumeur, associé au Parcours Privé de la FIAC, accueille une quinzaine d’artistes à la Maison du 68 Champs-Elysées jusqu’au 12 novembre.

Le monde de l’art, quant à lui, depuis Marcel Duchamp grosso modo, entretient une sorte de fascination pour les produits de consommation courante. Andy Wahrol n’a-t-il pas hissé la Campbell’s Soup Cans au rang d’icône ?

Fête des mères Sephora par Malika Menard.

L’artiste Malika Favre collabore depuis bientôt trois ans avec Sephora. On lui doit notamment le design et le graphisme des emballages pour les fêtes. « Ma première exposition montrait des filles cachées dans des rayures noires et blanches ! Il n’y avait rien à forcer dans cette collaboration. J’étais Sephora avant de travailler pour Sephora », confie-t-elle à 20 Minutes.

Une alliance évidente

Le monde de l’art et l’univers des cosmétiques sont liés par une même quête, esthétique. Quand Karim Rahman, expert maquilleur L’Oréal Paris, conçoit ses make-up, il s’inspire « des expositions ».

Artistes et maquilleurs ont le même mode d’expression, le visuel. Ils utilisent les mêmes outils : les pinceaux, et la palette. Ils partagent le même champ lexical fait de « couleurs », « dégradés », ou « contrastes ».

Et les briefs des marques cosmétiques stimulent l’imagination des artistes. Le peintre et graphiste japonais Houxo Que a ainsi accepté de réinventer au printemps le packaging du parfum Paris Premières Roses. L’artiste a peint dans l’obscurité en maniant des pigments fluorescents sous un éclairage ultraviolet. « Je voulais effacer l’innocence des roses », explique Houxo Que, dans le dossier de presse, « afin de créer une nouvelle fleur qui ne soit ni classique ni romantique. Afin de radicaliser la rose ». Un flacon en édition limitée, disponible sur www.yslbeauty.fr.

Le peintre et graphiste japonais Houxo Que réinvente Paris Premières Roses.

Convoler en justes noces

François Nars est un maquilleur professionnel, féru d’art contemporain. Après avoir consacré une collection de make-up à Andy Wahrol et à Guy Bourdin, il lance ce 1er novembre une ligne de 23 produits créée à quatre mains avec le mythique photographe de mode Steven Klein.

« Nous nous comprenons parfaitement. François possède une vision fascinante de la couleur et ensemble, nous avons pu créer autour de mes photos cette fascinante collection qui unit à merveille nos univers », explique le photographe dans le dossier de presse.

Palette Despair, Fantascene, édition limitée Steven Klein/Nars, Collection Holiday 2015.

« Nous possédons tous deux notre propre univers et partageons le goût de la bizarrerie. Nous sommes tous deux attirés par la beauté. Une beauté qui n’est ni évidente, ni trop sucrée ou sirupeuse. Une beauté inattendue. Différente. Étrange », écrit, quant à lui, le maquilleur.

Steven Klein et François Nars ont choisi ensemble les clichés du photographe qui ornent les palettes, les noms des produits et les couleurs des fards, des rouges à lèvres qui s’inspirent de l’œuvre du photographe, « à la fois avant-gardiste et fortement sexuelle », selon François Nars. Une symbiose entre art contemporain et beauté.