Fashion Week: Le streetwear, version couture

MODE Les codes et les matières de la mode urbaine ont investi les podiums du prêt-à-porter de luxe…

Anne Demoulin

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De gauche à droite, défilés Koché, Paco Rabanne, Chloé, la casquette à l’envers Chanel, une silhouette Iris Cantabri.
De gauche à droite, défilés Koché, Paco Rabanne, Chloé, la casquette à l’envers Chanel, une silhouette Iris Cantabri. — WWD/REX Shutterstock/BUKAJLO FREDERIC/Francois Mori/AP/BUKAJLO FREDERIC/SIPA/Iris Cantabri

De la rue aux podiums. De Chanel à Chloé en passant par Paco Rabanne, le streetwear imprègne les collections prêt-à-porter printemps été 2016 des couturiers. Comment la mode urbaine s’est-elle invitée sur les catwalks ?

Quand Yohji Yamamoto convie l’univers de la mode urbaine au détour d’imprimés graffiti et de casquettes à visière, Clare Waight Keller chez Chloé ose le total look streetwear avec un jogging à col zippé, ou mixe un haut de survêtement avec une longue jupe vaporeuse. Chez Chanel, les lunettes s’inspirent des masques de ski et la casquette se porte à l’envers. « J’aime cette idée de vêtements faits dans des matières très riches, et portés comme du streetwear », résume Karl Lagerfeld à l’AFP.

L’art du « mix and match »

Ce n’est pas par hasard si Koché a investi la place Carré du Forum des Halles pour son premier défilé dans le calendrier parisien de la Fashion Week. La griffe marie les savoir-faire artisanaux de la couture et la mode de la rue. « J’aime l’idée d’un vestiaire confortable, mélangé avec l’héritage de la perfection artisanale française », confie Christelle Kocher, fondatrice de la marque et directrice artistique de Lemarié, maison rachetée par Chanel et spécialisée dans le travail des plumes et des fleurs. « J’aime mixer des pièces couture, comme un manteau brodé, avec des baskets et un jean », confie celle pour qui la rue est la « première source d’inspiration ». « Mon atelier est à Ménilmontant. Je vois tous les jours des looks surprenants comme un boubou porté avec une veste de tailleur », se réjouit-elle.

Le mariage du streetwear et de la mode est fait pour durer. « C’est une tendance de fond. Les gens ont envie de se sentir à l’aise. Vous voyez beaucoup de gens en talons dans le métro ? », lance la créatrice. Un avis partagé par Guillaume Michel, qui a fait ses armes chez Emmanuel Ungaro et Alexis Mabille, avant de lancer son label, Iris Cantabri : « Les gens ont envie de confort et de liberté de mouvement ».

« Une révolution de l’invisible »

« Je fais partie d’une génération qui a grandi en jogging ! J’aime l’idée de la rencontre de ces deux cultures », poursuit le créateur. Ses collections allient l’art de la passementerie aux zips et nouvelles matières issues du sportswear. « Le streetwear dans la couture, c’est aussi une révolution de l’invisible. Cela se sent avant tout dans le porté des vêtements », estime le couturier.

Une révolution qui modifie les pratiques dans les ateliers de couture. « Broder sur des matières issues du sportswear challenge les artisans. C’est inspirant, cela exige d’inventer de nouvelles techniques », se félicite Christelle Kocher. « Ces tissus techniques n’ont pas le même comportement que les traditionnels satin de soie ou une popeline de coton. C’est un apprentissage », confirme Guillaume Michel. Couture et streetwear, c’est aller-retour incessant à l’image de l’aéroport Paris-Cambon du défilé Chanel.