Le Grand Palais met Jean-Paul Gaultier à l'honneur

MODE A l'occasion de l'ouverture ce mercredi au Grand Palais de l'exposition qui lui est consacrée, retour sur l'itinéraire de l'enfant terrible de la mode...

Anne Demoulin

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»Jean Paul Gaultier, Made in Mode», par Jean-Paul Goude
»Jean Paul Gaultier, Made in Mode», par Jean-Paul Goude — Jean Paul Goude

Paris accueille enfin au Grand Palais l’exposition consacrée à Jean Paul Gaultier ce mercredi. «En dix étapes, elle est devenue l’exposition de mode la plus visitée au monde», se réjouit Thierry-Maxime Loriot, commissaire de l’événement. Car si Jean Paul Gaultier est incontestablement l’un des créateurs les plus avant-gardistes de son temps, son aura dépasse largement la couture. En 38 ans de carrière, il est devenu une véritable icône de la pop culture. Itinéraire d’un «enfant terrible».

Un homme en phase avec la rue

«Jean Paul Gaultier a un vrai goût de la culture populaire, tout en étant très cultivé. Il est très facile de s’identifier à ce gamin de banlieue, né à Arcueil, qui a pris Paris à bras-le-corps», estime Farida Khelfa, muse du créateur et égérie de de Schiaparelli. Le couturier a toujours su être en phase avec la rue. «C’est une éponge, une usine à idées», considère le commissaire, auteur de La planète mode de Jean-Paul Gaultier. De la rue aux étoiles (Editions de la Martinière).

Un couturier qui bouscule la mode

«Il réussit à faire le va-et-vient entre la rue avec le jean, la récup’ et une approche très couture. Cette schizophrénie est  très intéressante», note Loïc Prigent, réalisateur de Jean-Paul Gaultier travaille, diffusé le 15 avril sur Arte. «Il n’a jamais eu peur d’oser faire des choses qui ne se font pas», souligne Blanca Li, qui chorégraphie ses défilés. Si Jean Paul Gaultier réinvente des classiques comme le corset, la marinière ou le trench, il ose faire  défiler des vestes militaires customisées. « Il maîtrise toujours son propos, tout en osant l’humour. Et dans la mode, c’est rare ceux qui sont drôles volontairement», estime Loïc Prigent. «Il a bousculé les codes, en recorsetant la femme et en mettant les hommes en jupe», rappelle encore Farida Khelfa. «Il a ouvert des portes dans la mode avec ses castings sauvages», souligne sa chorégraphe.

Les pièces iconiques de Jean Paul Gaultier

Un touche à tout de génie

Mode, parfums, design (La Roche Bobois), télévision (la cultissime émission britannique Eurotrash), costumes de cinéma (Pedro Almodovar, Luc Besson, Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, Peter Greenaway), de danse (Régine Chopinot, Maurice Béjart) et de concerts (Yvette Horner, Mylène Farmer) et même un 45 tours, Jean Paul Gaultier s’autorise tout et vient de dessiner une boîte de thé pour Kusmi Tea. «Il a été un des premiers à mélanger les genres en collaborant avec Madonna, cela ne se faisait pas pour un couturier avant lui», note encore Thierry-Maxime Loriot. «Il est très curieux et s’intéresse sans cesse à l’univers des autres artistes », confie Blanca Li.

Un précurseur qui bouscule la société

Avec sa mode, Jean Paul Gaultier efface les frontières et revendique le droit à la différence. En 1985, il crée une ligne de produits pour enfants à bas prix intitulée Junior Gaultier, lancée par des personnes âgées. «Il a voulu rendre la mode accessible et aujourd’hui, de nombreuses marques proposent des lignes à prix réduits», remarque le commissaire. Pour la collection automne-hiver 2014, il fait défiler Conchita Wurst. «Porteur d’un esprit français, libertaire et ouvert, il réussit à faire voir et entendre une différence, sans être vindicatif ou militant, de façon douce», se réjouit Farida Khalfa.

Un trésor national

Immortalisé à coup de Polaroïd par Andy Warhol, le pape du pop art, au début des années 1980, Jean Paul Gaultier est désormais une icône de la pop culture. « Il fait partie des rares, comme Karl Lagerfeld, avoir fait de sa silhouette une sorte de logo, reconnue internationalement», remarque Loïc Prigent. «Jean Paul Gaultier est plus connu encore au Japon, au Canada et aux Etats-Unis qu’en Europe. C’est un trésor national », conclut le commissaire. Un trésor à apprécier sans modération au musée jusqu’au 3 août.