Journée des droits des femmes: Pourquoi les Françaises se sentent moins belles que les autres?

BEAUTE 3% des Françaises se sentent vraiment belles, tandis que 64 % des Indiennes, 59 % des Brésiliennes ou encore 22 % des Américaines sont très satisfaites de leur apparence...

Anne Demoulin

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1/3 des Françaises fait un commentaire négatif sur son physique le matin en se regardant dans la glace, selon une étude Harris Interactive, commanditée par Dove.
1/3 des Françaises fait un commentaire négatif sur son physique le matin en se regardant dans la glace, selon une étude Harris Interactive, commanditée par Dove. — SUPERSTOCK/SIPA

Les championnes de l’auto-bashing. Dove lance à l’occasion de la journée de la femme, une nouvelle campagne destinée exclusivement aux Françaises, baptisée «Quand Dove s’engage pour les pensées positives». Tandis que 64 % des Indiennes, 59 % des Brésiliennes ou encore 22 % des Américaines sont très satisfaites de leur apparence, selon une étude relayée par L’Oréal, 8% des Françaises ont confiance en leur beauté et 3% des Françaises se sentent vraiment belles, selon l’étude Harris Interactive*, commanditée par Dove. Pourquoi les Françaises sont-elles si dures avec leur apparence?

«Notre environnement sociomédiatique valorise une certaine image de la beauté qui rime avec minceur et jeunesse», lance Danielle Rapoport, psychosociologue, analyste des modes de vie, qui a décrypté l’étude pour Dove. Un diktat subi par toutes les femmes, avec quelques particularités.

Le culte de la minceur

«La perception du corps varie selon le sexe, mais aussi selon les pays», constate Thibaut de Saint Pol, sociologue à ENS de Cachan et auteur du Corps désirable, Hommes et femmes face à leur poids (PUF).  

L'étude de la situation française dans un cadre européen a fait ressortir sa singularité: «Alors que l'IMC moyen de la France est très faible, la pression sociale autour de la corpulence est comparativement beaucoup plus forte», note le sociologue.

Pourquoi les Françaises se mettent plus de pression sur la question du poids? «En France, pour une femme, la minceur équivaut à un diplôme supplémentaire. Il existe de vraies discriminations. Plus une femme est mince en France, plus elle a de chances de trouver un travail et mieux elle est payée», constate Thibaut de Saint Pol. La beauté et la laideur sont associées à des valeurs morales. «Dans les contes pour enfants, le méchant est laid, le gentil, beau», rappelle le sociologue.

Ceci n’est pas valable dans tous les pays. «En Uruguay par exemple, la corpulence d’une femme, associée à la maternité, est bien perçue», analyse le sociologue.

L’auto-bashing

1/3 des Françaises fait un commentaire négatif sur son physique le matin en se regardant dans le miroir, et 58% des Françaises reconnaissent que les critiques les plus dures à leur sujet viennent d’elles-mêmes, selon l’étude Dove. «Les remarques que l’on se dit à soi-même seraient inacceptables dans la bouche d'un autre», résume Sandrine Bouchard, brand manager Dove. Or, la dévalorisation est une caractéristique bien française.

La Française, notre pire ennemie

«Nous avons un idéal de soi construit, plus beau, plus parfait qui se rapproche de l’idéal extérieur, construit par la société», rappelle Danielle Rapoport. Une femme se compare aux autres en permanence.

«Nos modèles ne sont pas des vrais corps, mais des corps fantasmés», estime le sociologue. Le cinéma, l’industrie cosmétique, la mode et la presse féminine sont-ils responsables? «Ils y participent, mais proposent un univers fictionnel, fantasmé. Toutes les lectrices savent que les photos de mode sont retouchées», tempère Justine Marillonnet, spécialiste de l’image de la femme dans la presse féminine.  

«La problématique est historique. La France est le pays de l’élégance, de la beauté», estime Sandrine Bouchard. L'apparence en France est culturellement très importante. «La Française doit toujours être impeccable! Les Françaises maîtrisent les codes subtils, comme une utilisation modérée du maquillage», se réjouissait Tom Pecheux, Creative Makeup Director chez Estée Lauder dans les coulisses du défilé Anthony Vacarello en 2013. Elles sont également plus modérées en matière de chirurgie esthétique que les Américaines ou les Brésiliennes.

Nos concitoyennes subissent ainsi le diktat d'une beauté à la française fantasmée, un «je-ne-sais-quoi», à mi-chemin entre l'élégance sobre de Catherine Deneuve et la décontraction sophistiquée d'Inès de la Fressange. Et si les Françaises avaient simplement peur de ne pas être à la hauteur de cette réputation?

Méthodologie

* Etude Omnibus réalisée sur 1429 Françaises âgées de 18 à 65 ans.