Fashion Week: Qui fait la mode aujourd’hui?

MODE Alors que la présentation des collections printemps-été 2015 s'achève ce mercredi à Paris, «20 Minutes» décrypte l'écosystème mode...

Anne Demoulin

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Le créateur Karl Lagerfeld a fait descendre les mannequins dans la rue pour la collection printemps-été 2015 Chanel.
Le créateur Karl Lagerfeld a fait descendre les mannequins dans la rue pour la collection printemps-été 2015 Chanel. — Francois Mori/AP/SIPA

Qui décrète que le poncho est le must-have cet hiver? Alors que la Fashion Week s’achève ce mercredi à Paris, 20 Minutes décrypte l’écosystème mode.

Célébrités vs marques

A la question «Qui fait la mode?», 45% des femmes interrogées placent en tête les stars, selon le sondage Les Françaises et la mode aujourd'hui de l’Ifop. «Les célébrités et leurs stylistes ont des partenariats plus ou moins officiels avec les marques. Elles “font” la mode dans les limites imposées par celles-ci, parmi les styles proposés par les marques», estime le sociologue Frédéric Godart, professeur à l’Insead et auteur de Penser la mode (Editions du Regard). Rares sont celles qui comme Madonna ou Lady Gaga peuvent se targuer de lancer une mode.

Presse vs blogosphère

Pour 35%, les médias traditionnels font la mode, tandis que pour 13%, c’est la blogosphère. «Il y a une passation de pouvoir», estime Armand Hadida, directeur artistique du salon de prêt-à-porter Tranoï. «Les journalistes ont perdu beaucoup d’influence ces quinze dernières années. Ils restent les plus influents grâce à leur réputation et leur expérience», constate le sociologue.

Les réseaux sociaux ont accéléré le rythme de diffusion des modes. «L’offre visuelle sur tous les médias est un accélérateur, quelque chose qui aide à s’imprégner, à mieux comprendre et à adopter les nouveaux codes», renchérit Armand Hadida. «Ils permettent à beaucoup de sous-cultures, comme les gothiques, de partager plus efficacement leurs styles et goûts», note le sociologue.

Stylistes vs cabinets de tendances

Seulement 30% mettent en avant les créateurs et couturiers. «Avant, les stylistes se laissaient guider par les carnets de tendance des bureaux de style. Ils ont compris qu’il fallait sortir du rang», note Armand Hadida. «Les cabinets de tendances jouent un rôle important en limitant l’incertitude pour les créateurs. Les fabricants de tissus jouent un rôle similaire, notamment à travers l’organisation de salons comme Première Vision, poursuit Frédéric Godart. Mais ce sont les créateurs qui, in fine, décident de développer certains styles et pas d’autres». «N’oublions pas l’autre maillon, le détaillant, qui accompagne cette création», rappelle Armand Hadida, fondateur de l’Eclaireur, le célèbre concept store parisien qui déniche les créateurs de demain.

Les marques vs la rue

La question du prescripteur est délicate. «Lorsque Saint Laurent adapte le vestiaire masculin pour la femme, il est en avance sur son temps et en même temps, il a capté l’air du temps», lance Didier Grumbach, président d'honneur de la Fédération de la mode et du prêt-à-porter. «Il est impossible de devenir aujourd’hui un gourou comme Saint Laurent. Les stylistes valsent dans les grandes maisons, cotées en bourse, qui sont obligées de tendre l’oreille vers les consommateurs», estime Armand Hadida. La mode naît donc à la fois dans le bureau d'un créateur et dans la rue.

La mode naît d’une multitude interinfluences. «La mode est plurielle, tout est autorisé. Cette liberté encourage n’importe qui, à oser se démarquer, pour faire partie du spectacle», conclut Armand Hadida. Ce n’est pas sans malice que Karl Lagerfeld a choisi de transformer le Grand Palais en rue pour le défilé Chanel printemps-été 2015. Alors, comme le conseille le Kaiser: «Be Your Own Stylist».