Dans les coulisses de la création des costumes du biopic «Saint Laurent»

MODE Le biopic de Bertrand Bonello met en scène deux défilés du célèbre couturier, sans avoir utilisé les créations originales du maître du smoking...

Anne Demoulin
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Gaspard Ulliel campe le célèbre couturier dans le biopic de Bertrand Bonello.
Gaspard Ulliel campe le célèbre couturier dans le biopic de Bertrand Bonello. — 2014 Mandarin Cinéma – Europacorp – Orange Studio – Arte France Cinéma – Scope Pictures / Carole Bethuel

Du patronage au défilé. Le biopic Saint Laurent de Bertrand Bonello, qui sort en salle mercredi prochain, détaille le quotidien d’une maison de couture. A la différence de Jalil Lespert pour le film Yves Saint-Laurent, l’équipe de Bertrand Bonello n’a pas utilisé les créations originales de l'inventeur de la robe Mondrian, conservées à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent. Le film de Bertrand Bonello réussit cependant à mettre en scène les deux défilés mythiques du couturier, la collection '40' de janvier 1971 et la collection Opéra-Ballet Russes de juillet 1976. Une réussite que l’on doit à la chef costumière Anaïs Romand, sous le contrôle du conseiller historique, Olivier Châtenet, qui a conçu l’exposition de 2012 «Crazy about Yves».

Au plus proche sur le plan historique

«Dès que j’ai eu connaissance du projet de Bertrand Bonello, je l’ai contacté», explique Olivier Châtenet. Cet ex-collaborateur d’Azzedine Alaïa, qui a cofondé la marque E2, est, avec plus de 1.500 pièces, l’un des plus grands collectionneurs du défunt couturier.

«Le cinéaste s’est concentré sur la période la plus intéressante de Saint Laurent, de 1966 à 1976», estime-t-il. «A cette époque, Saint Laurent est le couturier qui sait le mieux saisir son époque. Il définit son style et trouve son vocabulaire», poursuit l’expert. La saharienne, le smoking, le caban et le trench-coat apparaissent à cette période.

En tant que conseiller historique, Olivier Châtenet a relu attentivement le scénario de Saint Laurent. «J’ai apporté quelques petits changements pour être au plus juste sur le plan historique. Dans une scène d’un shooting, j’ai corrigé par exemple le prénom d’un mannequin», détaille-t-il. Le spécialiste a également fourni au réalisateur des dossiers iconographiques pour chaque personnage emblématique de l’entourage de Saint Laurent, de Loulou de la Falaise à Betty Catroux.

Un atelier de couture

«Olivier Châtenet a mis sa collection à notre disposition. Nous avons extrapolé à partir du prêt-à-porter et des photos pour recréer les collections couture», raconte Anaïs Romand. La chef costumière a chapoté un atelier couture pendant trois mois. Un atelier qui a produit plus d’une centaine de costumes.

«Le personnage Anne-Marie Munoz est habillé en Saint Laurent Rive Gauche. Pour Betty Catroux, nous avons mixé des costumes et des vêtements de la collection d’Olivier Châtenet. Les tenues de Jacques de Bascher ont été entièrement imaginées», détaille-t-elle. Le résultat d'un long travail documentaire pour «capter le parfum de l'époque».

Réaliser les costumes était «à la fois excitant et effrayant. Il fallait respecter l’œuvre de Saint Laurent et les besoins de la fiction», résume la costumière. Un défi réussi. «Finalement, le fait de ne pas travailler avec la Fondation nous a donné beaucoup de liberté», conclut Anaïs Romand.