Alexis Mabille: «Nous faisons désormais partie du patrimoine culturel français!»

FASHION WEEK le créateur Alexis Mabille se raconte...

Propos reccueillis par Anne Demoulin
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Le couturier Français Alexis Mabille vient saluer le public à la fin de son défilé haute couture lundi 21 janvier.
Le couturier Français Alexis Mabille vient saluer le public à la fin de son défilé haute couture lundi 21 janvier. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Si Versailles m'était conté. Le couturier Alexis Mabille a présenté lundi, sur fond de techno-clavecin, une collection évoquant un XVIIIe  siècle imaginaire, proche de l'univers de Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Au premier rang, Dita Von Teese se repoudrait dans un décor rose poudré. Rencontre avec le créateur qui monte.

 

Votre maison a reçu l'appellation «haute couture» en décembre...

 

Oui, nous avons beaucoup travaillé pour cela depuis cinq ans, en tant que membre invité ! De ce côté, rien ne va changer. J'ai toujours accordé de l'attention au choix des matières, des teintures… Avoir la reconnaissance de ses pairs, ça fait plaisir. C'est important pour notre clientèle, nos fournisseurs. Cela nous donne un peu de poids au niveau institutionnel. Nous faisons désormais partie du patrimoine culturel français !

 

Quels sont les critères pour l'obtenir?

 

Ils sont un peu moins drastiques qu'autrefois. Tout doit être fait main, avec la collaboration d'artisans d'exception. Il faut s'inscrire dans une vraie démarche créative, et enfin, faire du chiffre d'affaires, avoir une clientèle couture.

 

Quel regard portez-vous sur la haute couture aujourd'hui?

beaucoup pensent que c'est ringard. Didier Grumbach (président de la fédération française de la couture, NDLR) a su la booster. Il y aura toujours une clientèle qui pourra et aura envie de choses exceptionnelles. Ma plus jeune cliente a 12 ans. J'habille parfois plusieurs générations dans une même famille!

 

Vous avez fait vos armes avec John Galliano, que vous a-t-il apporté?

 

J'ai travaillé pour les accessoires avec Galliano chez Dior pendant dix ans. Il m'a appris qu'il ne fallait avoir peur de rien, que de l'idée la plus anodine ou saugrenue pouvait jaillir quelque chose de sublime. Ça m'a marqué. Mon stage chez Ungaro m'a beaucoup appris. On oublie trop souvent qu'il a été, à son époque, avec André Courrèges, un vrai trublion de la mode.

 

C'est quoi le style Alexis Mabille?

 

La frivolité. J'aime jouer avec les codes masculins-féminins, mais sans tomber dans le côté androgyne. J'aime qu'une femme porte une belle veste d'homme et créer des vestes d'homme dans de belles matières. J'aime la légéreté, la fraîcheur et la fantaisie, pas la complexité cérébrale. Notre rôle est d'habiller des gens et de les rendre beaux. Les clients peuvent ensuite piocher et créer leur propre personnage.

 

Le symbole de votre maison est le noeud papillon, ça vient d'où?

 

Le nœud papillon est le symbole mixte parfait. C'est très amusant de revisiter sans cesse le même détail. Et puis, pour la maison, je suis content qu'un signe reconnaissable existe.

 

Comment travaillez-vous?

 

Je dessine beaucoup en avion, en voyage et la nuit. J'ai la chance de dormir très peu. Lorsque je prépare une collection, je puise dans ces idées comme on choisit ses vêtements dans une garde-robe.

 

Vos projets?

 

Fini les projets, il y en a eu trop en 2012 (rires). Dans deux ans, je vais ouvrir ma première boutique à New York!