Canal+ dévoile les histoires secrètes de la téléréalité

Alice Coffin

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Image extraite du documentaire «Histoires secrètes de la téléréalité».
Image extraite du documentaire «Histoires secrètes de la téléréalité». — FLAB PRODUCTIONS

Les inventeurs de «Big Brother», de «Koh Lanta», d’anciens responsables de chaînes ou de productions françaises Grégory Héraud a effectué des dizaines d’interviews pendant son année d’enquête sur la téléréalité. Il a pu aussi tourner dans les coulisses d’émissions de téléréalité espagnoles et marocaines. Il nous livre aujourd’hui quelques-unes des «Histoires Secrètes de la Téléréalité», titre du documentaire diffusé mercredi à 20h55 dans «Special Investigation» sur Canal+.

«Julie Christophe du Loft ont filé des VHS»

«Arthur, Stéphane Courbit, Alexia Laroche Joubert, Benjamin Castaldi ou Angela Lorente ont refusé de me parler. Chez Endemol, inventeur et principal pourvoyeur de télé réalité, c’était porte close. Ils ont refusé et de me parler et de me donner des images du «Loft» 1 ou 2. Heureusement Christophe et Julie lui ont cédé quelques images conservées sur des VHS.

Les Français, ces hypocrites de la téléréalité

Porte close dans les studios français, en revanche on découvre les coulisses de «Gran Hermano», la version espagnole de «Big Brother», le nom donné à l’émission de téléréalité d’enfermement dans la plupart des pays. La plupart, sauf la France. L’enquête raconte, documents à l’appui devant des anciens d’Endemol un peu moqueurs, comment il a fallu concocter un nom et un programme spécial - «Loft Story», avec un vainqueur qui serait non pas un individu mais un couple – parce «qu’en France on a tendance à se pincer le nez, note Grégory Héraud. Même si en fait c’est chez nous qu’il y a eu une scène de sexe le plus rapidement possible!».

 Le sexe a sauvé la téléréalité

De fait, trois jours après l’entrée dans le Loft, la scène de la piscine entre Loana et Jean-Edouard faisait décoller les audiences. L’enquête rappelle que le premier «Big Brother» avait failli être arrêté aux Pays-Bas. Les audiences plafonnaient à 6% de parts d’audience. Elles sont montées à 75% après la naissance d’une idylle entre deux candidats.

 Dix-huit suicides de candidats

«La téléréalité a failli mourir avant d’exister» explique l’enquête. Parce qu’un des tout premiers candidats à avoir été éliminé dans la première émission de télé réalité «Expédition Robinson» s’est jeté sous un train. Finalement, un montage sera opéré pour ne pas qu’il apparaisse à l’écran. L’enquête consacre également une longue séquence à François-Xavier Leuridan, dit FX, candidat de «Secret Story 3», qui s’est suicidé l’an dernier. Sa mère témoigne longuement, et documents à l’appui, il est expliqué que la production avait les moyens de savoir que le candidat était fragile psychologiquement. Le tout accompagné d’extraits où l’on voit Jean-Marc Morandini recevoir FX, confiant son malaise, et ironisant d’un «la bonne nouvelle c’est que vous ne vous êtes pas pendu» après la coupure pub, ou Benjamain Castaldi annonçant le décès à l’antenne, avant de lancer un «les aventures continuent dans la maison». Une condamnation de la téléréalité? «On donne les faits, c’est aux téléspectateurs de se faire un jugement, note Grégory Héraud. Ce qui nous a alertés c’est la fréquence des suicides ces douze derniers mois, il y a en a eu trois. A travers la trajectoire de FX, on a notamment  voulu pointer les dysfonctionnements dans les phases de casting.»

La télé réalité et la guerre des chaînes

Parmi les témoins de cette enquête très fouillée, Patrick Le Lay et Thomas Valentin, respectivement à TF1 et M6 à l’époque du lancement de la téléréalité en France. «Ils ont, explique Grégory Héraud, accepté de nous raconter ce qui s’était passé. Même si les deux chaînes continuent de se rejeter la faute de l’arrivée du genre en France!». La séquence où Patrick Le Lay raconte avoir écrit une tribune dénonçant les méfaits de la téléréalité juste pour «noyer le poisson» et mieux préparer l’arrivée d’un programme sur sa chaîne est une des plus frappantes du documentaire. «Mais dans l’ensemble, conclut Héraud, on voit à travers tous les témoignages qu’aucun n’assume vraiment ce genre. Qu’ils s’y résignent. Que comme souvent dans le domaine de la télévision, tout le monde s’arrange avec sa propre conscience. C’est en fait une somme de petites tolérances qui amène ce genre de productions».