TF1: Pourquoi le JT de 20h va mal

DÉCRYPTAGE e journal du soir de France 2 rattrape petit à petit celui de la Une, qui a vu son audience péricliter ces dernières années. Les raisons de la dégringolade de la grand-messe de TF1...

Anaëlle Grondin

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Laurence Ferrari avant le 20 heures de TF1 du 22 août 2011.
Laurence Ferrari avant le 20 heures de TF1 du 22 août 2011. — REVELLI-BEAUMONT/SIPA

TF1, qui n’a pas réussi à relancer son 20 heures à l’arrivée de Laurence Ferrari en 2008, doit certainement trembler. La grand-messe de la Une est au plus mal. La chute des audiences paraît sans fin.  La part d’audience du 20 heures de la chaîne est passée sous la barre des 30% depuis la fin 2007 et depuis septembre 2011, le JT, talonné par celui de France 2, se retrouve souvent sous la barre des 28% d’audience. Au mois de mai, seul un million de téléspectateurs séparait les journaux télévisés du soir de TF1 et de France 2, selon Médiamétrie. Les deux JT se sont même trouvés au coude à coude avec 48.000 téléspectateurs de différence le 16 mai, TF1 en tête. Comment expliquer l’érosion de ce rendez-vous?

L’offensive des JT de France 2 et M6

Les baisses d’audiences du 20 heures de TF1 sont d’abord dues à la concurrence, affirme François Jost, sociologue des médias, contacté par 20 Minutes. «Le journal de France 2 le rattrape après avoir changé sa formule, moitié JT, moitié magazine, qui s’est imposée comme un format que TF1 essaye de copier», estime cet expert. Il y a également eu «l’arrivée du journal télévisé de M6 [en 2009], qui se montre décalé et a de l’audace», rappelle François Jost.

L’usure du format de la Une

«TF1 a été victime de son statisme. La chaîne s’est laissée déborder sur la forme éditoriale du JT et la grille», affirme François Jost. Un autre sociologue des médias, Jean-Marie Charon, également contacté par 20 Minutes, renchérit: «TF1 avait réussi à s’installer en position de leader, inattaquable en matière d’information, avec un format basé sur un très grand nombre de sujets et un rythme rapide. Je pense que ce format est dépassé», surtout qu’il y a désormais les chaînes d’information en continu comme iTélé et BFM TV, qui le font de cette manière. «Il faut imaginer un autre format. On a l’impression que TF1 n’a pas encore pris ce défi en main», déclare Jean-Marie Charon.  Pourtant, l’an dernier, Nonce Paolini, PDG du groupe TF1, avait déclaré lors de l’assemblée générale des actionnaires: «Le journal de 20 heures doit trouver sans doute un style, une architecture, un rythme plus dynamiques et un contenu différent. Nous y travaillons d’arrache-pied».

Les fictions que les Français adorent

M6 n’a pas lancé qu’une offensive avec son JT. La chaîne a réussi à fédérer autour de Scènes de ménages, diffusé du lundi au samedi à partir de 20h05. La mini-série, très plébiscitée par les téléspectateurs, est un succès. Le programme court humoristique rassemble environ 5 millions de Français tous les soirs. «La chaîne a trouvé une bonne fiction qui prend les gens à 20h. Il y a également Plus Belle La Vie» diffusée sur France 3 du lundi au vendredi à partir de 20h10, fait remarquer François Jost. «TF1 n’a pas su réagir à ça». 

Une nouvelle ère de la télé

Il ne faut pas non plus oublier qu’«il y a eu une transformation du paysage de l’information, liée au développement du numérique terrestre (TNT)», renchérit Jean-Marie Charon. «On est entré dans une nouvelle période de la télévision dans laquelle les grandes chaînes généralistes doivent partager leur audience avec les chaînes spécialisées. TF1 s’est certainement laissée un peu asphyxier par sa position dominante».  

L’importance de l’image de la chaîne

«Je crois que l’image de marque de TF1 est associée aujourd’hui à des programmes de divertissement», indique Jean-Marie Charon. Au contraire, «il m’est apparu pendant la campagne présidentielle que l’image de France 2 est associée à la grande information. Ca m’a paru frappant au moment où TF1 diffusait les mêmes contenus que France 2: avec strictement le même programme, France 2 réalisait des audiences plus importantes, alors que globalement la chaîne a des audiences plus faibles».  D’ailleurs, la soirée électorale du premier tour de la présidentielle, le 22 avril dernier, s’est soldée pour la Une par la perte de 4 millions de téléspectateurs par rapport à la soirée du premier tour 2007. Selon Jean-Marie Charon, «ce qui a davantage joué sur France 2, c’est que le journal se trouve dans un environnement d’information qui parait plus porteur, dans lequel l’image de la chaîne est davantage associée au sérieux de l’information, à l’approfondissement et à la crédibilité: il y a «Envoyé Spécial», « Mots croisés»… La grille des programmes a beaucoup joué».

Ferrari, responsable mais pas coupable?

Souvent critiquée depuis son arrivée aux manettes du 20 heures de TF1 en 2008, Laurence Ferrari, qui a annoncé sa démission ce mercredi matin dans une interview au Parisien, et s’apprête à rejoindre Direct 8, était-elle en partie responsable du déclin du 20 heures de la Une? Certains affirment qu’elle a démissionné pour partir de TF1 la tête haute, avant d’être remerciée. «Laurence Ferrari paye avant tout le manque de réactivité de la chaîne sur la question de l’évolution du paysage audiovisuel et du rapport à l’information qui se transforme. On ne l’a pas accompagnée dans un travail de refonte du journal», estime Jean-Marie Charon.
De son côté, François Jost revient sur le côté éditorial: «Les téléspectateurs n’ont plus confiance dans le JT de TF1, quel que soit le présentateur. Il faut un changement beaucoup plus profond que l’embauche d’un nouveau présentateur».  D’ailleurs, la baisse d’audience du 20 heures ne date pas de l’arrivée de Laurence Ferrari sur la Une. C’était «l’argument qu’avait utilisé la chaîne pour l’éviction de Patrick Poivre d’Arvor», rappelle Jean-Marie Charon. «TF1 avait mis en avant la fragilisation du JT. Et il fallait rajeunir le journal. Sauf que ce rajeunissement a été essentiellement suspendu à la question de la personne».