Kyan Khojandi et Bruno Muschio: «Bref, c'est surtout une grande cour de récréation»

INTERVIEW Les deux co-auteurs du programme court de Canal+ participaient mercredi à une table-ronde sur les mini-formats, dans le cadre du festival «Séries Mania»...

Propos recueillis par Annabelle Laurent
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De gauche à droite, Harry Tordjman (producteur) Kyan Khojandi (acteur, co-auteur, co-réalisateur) Bruno Muschio (co-auteur, co-réalisateur) de la série Bref. 
De gauche à droite, Harry Tordjman (producteur) Kyan Khojandi (acteur, co-auteur, co-réalisateur) Bruno Muschio (co-auteur, co-réalisateur) de la série Bref.  — Canal+

La saison 1 de «Bref», intégrée au «Grand Journal» depuis le 29 août 2011, ne devait compter que quarante épisodes. Mais l'immense succès de la série a rapidement dépassé ses deux jeunes auteurs, qui se sont remis au travail pour une seconde salve actuellement en diffusion... Comment faire évoluer «Je», le loser blasé, quand on a qu’une à deux minutes quotidiennes? Comment se renouveler? Kyan Khojandi et Bruno Muschio nous le répètent plusieurs fois: le format court n’a pour eux «rien de contraignant». Au contraire.

Moins de 2 minutes, une voix-off, un montage tout en cut, des «J'ai dit... elle m'a dit»... Comment on gère autant de codes sur 80 épisodes? 

Kyan Khojandi: On a plusieurs chartes dans «Bref». Une d’écriture, une de réalisation, une de montage, une de mixage et une d’étalonnage. Cinq chartes différentes! Des listes, avec des codes établis. Tout est extrêmement défini maintenant. En fait c'est des techniques qu'on a d'abord développées par instinct, puis affinées au fur et à mesure, et écrites, notamment pour vendre le programme à l'étranger.

Le format n'est pas trop contraignant? 

Kyan Khojandi: Non, on a beaucoup de liberté. «Bref» pour moi c’est surtout une grande cour de récréation, où le but, c’est de s’amuser.

Bruno Muschio: Et puis dès le début, on a pas voulu se limiter. Sur les dix premiers épisodes on a décidé de faire un échantillon de tout ce qu’il pourrait y avoir dans «Bref»: un où il est chez lui dans une seule pièce, c’était «Je me suis préparé à un rendez-vous», un plus mélancolique, un où il est ailleurs, un avec un personnage imaginaire, un avec du cul, etc.. On s’est dit qu'il fallait pas qu’on se piège en faisant d'emblée vingt fois la même chose, parce qu'au moment où on change, c’est pas agréable pour le spectateur. Autant montrer tout de suite toutes les facettes.

Récemment vous avez introduit le changement de voix off, et des épisodes plus mélancoliques comme «Bref, je suis vieille» ou «Bref, je suis un plan cul régulier» … 

K.K: Le changement de voix off, ça fait partie de l’envie de se renouveler qu’on a depuis le début, et ça passe aussi par le narrateur. La seule règle de «Bref», c’est quelqu’un qui raconte une histoire. Les gens ont bien accueilli les épisodes de la vieille et du plan cul régulier, ils sont vachement réceptifs à ça en fait. Ce qui m’a beaucoup touché moi, c’est qu’on est pas dans cette vision qu’il faut absolument faire rire.

Du coup, le plus important en ce moment, c'est de faire évoluer la trame narrative, même en sacrifiant un peu l'humour? 

B.M: Le plus important, c’est qu’on ne s’ennuie pas en le faisant. En fait, on a la prétention de dire, si nous on s’ennuie pas, y a des chances que les gens, pas tous mais la plupart, s’ennuient pas en le regardant.

K.K: Pour moi la comédie, ça part souvent d'un mini-trauma, une mini-frustration, un caillou dans la chaussure. Et ce caillou tu le retires, tu fais «ahaha, c’est marrant ça, ça fait deux jours que je marche avec!». Alors soit tu le dis dramatiquement, soit tu essayes de trouver un axe narratif. «Lui, c’est demain» c’en est un. Et peut-être que c’est prétentieux de dire ça, mais ne pas faire que des épisodes humoristiques, c’est un peu la vie. On se marre pas tout le temps.

Comment marche votre duo, pendant l’écriture? 

K.K: Moi, 365 jours par an, je suis en voyage, et je lui envoie des idées par texto…
B.M: Ouais, moi j’écris tout, je réalise, et après lui il me dit ce qu’il en pense!
K.K: Non en fait, on se connait bien, on a le même réflexe narratif, deux formes d’humour complémentaires. On s’écoute beaucoup. Peu importe qu’on soit sur une chaise chez mes parents ou au bureau dans le canapé, l’essentiel, c’est: j’ai une idée, t’as une idée, si elles s’opposent, on trouve souvent une troisième idée qui nous satisfait tous les deux. «Bref» c’est le résultat de ça, c’est le consensus entre deux univers.

Ca vous tenterait, un format plus long pour la suite? 

B.M: Oui, pourquoi pas faire un truc long plus tard. Nous on n’a pas commencé par le programme court, on a fait du spectacle, on a écrit des histoires sous toutes les formes. Si à un moment y a une nouvelle forme qui se présente et qui nous fait marrer, on le fera.