Dominique Cantien: «Avec Breugnot, on avait chacune notre bande et deux visions opposées de la télé»

MEDIAS Dominique Cantien était l’une des figures stars de TF1 dans les années 1990. Elle vient de sortir un livre sur son expérience à la télévision…

Recueilli par Joël Métreau

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Philippe Risoli, Patrick Roy, Bernard Montiel et Dominique Cantien en 1989.
Philippe Risoli, Patrick Roy, Bernard Montiel et Dominique Cantien en 1989. — ROCHE/TF1/SIPA

Dans Avec eux… (Editions de La Martinière), la productrice Dominique Cantien ne raconte pas seulement ses amours avec Claude François, Nicolas Hulot et Philippe Douste-Blazy, mais aussi son parcours à la télévision, notamment à TF1. Dans les années 1980-1990, elle y occupe successivement les postes de directrice des variétés et des divertissements.

Pourquoi ce livre?

J’ai vécu l’époque flamboyante de la télévision. Je rencontre beaucoup de jeunes qui veulent faire de la production, être animateur ou réalisateur. Ils pensent que c’est un monde magnifique. Mais ce n’est pas le cas. Mais quand on va au bout de ses rêves, on y arrive. Rien dans mon expérience de petite fille du nord de la France me prédisposait à avoir ce destin. Je me suis battue pour en arriver là.

Vous vous décrivez comme «la protégée de Francis Bouygues»…

J’ai rencontré quatre hommes magnifiques: Michel Drucker, Jean Drucker, qui est là-haut, Pierre Lescure et Francis Bouygues. C’est mon papa de la télé, que j’ai rencontré au moment où j’ai perdu mon propre père. Quand on est protégés et aidés, le chemin est plus facile. Mais il n’y a pas de hasard, on ne rencontre que les gens qu’on veut rencontrer. La chance, c’est aussi un talent.

Vous dites que TF1 est dans votre «ADN». C’était quoi l’ADN de TF1?

J’y passais tellement de temps. Un grand nombre de choses que j’ai pu créées sont restées dans l’ADN de la chaîne. L’ADN, c’est tous ses animateurs: Nagui, Arthur, Dechavanne... Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de stars, à part Nikos Aliagas, qui soient identifiables. Il y a aussi Hicham Nazzal sur France 2, sur lequel je mise à fond.

L’animateur que vous êtes le plus fier d’avoir lancé?

Celui avec lequel j’ai eu le plus de plaisir à travailler, c’est Michel Drucker. Celui pour lequel je regrette de ne pas m’être battue davantage, c’est Nagui. Mais les choses dont je suis la plus fière, ce sont les émissions humanitaires comme le Sidaction, les premiers Téléthon…

Dans votre livre, vous citez des noms d’animateurs connus de la télévision, mais pas ceux de vos assistants. Pourquoi?

J’en aurais cité trente. Ils ont beaucoup changé. Et puis ils n’étaient pas ma propriété, leur intérêt, c’était de travailler avec des animateurs.

De même, les «vieux cons», ces «petits hommes gris» que vous mentionnez ne sont pas nommés. Il y en avait à TF1?

Quand on est dans un univers de «petits hommes gris», ça peut avoir une influence stérile sur la création, ce n’est pas de nature à faire naître des émissions télé. Il y en avait à TF1, mais moi j’étais protégée et soutenue par d’autres hommes.

Pourquoi détestez-vous Pascale Breugnot, qui produisait aussi sur TF1?

On avait chacune notre bande et deux visions opposées de la télé. Moi je regardais le positif et l’espoir. Breugnot pointait des caméras scanners sur les grandes misères de ce petit monde. Je trouvais que ce n’était pas la bonne ligne éditoriale. Le trash ou le négatif, je m’en éloignais beaucoup. J’aime beaucoup Jean-Marc Morandini, un très bon journaliste, et je l’aime beaucoup plus depuis qu’il n’est plus avec Breugnot.

Que pensez-vous de la télévision aujourd’hui?

A mon époque, dans le monde de la télé, on pouvait créer. Là, c’est plus difficile car les contingences économiques sont plus drastiques. Il y a également plus de chaînes de télé, une concurrence terrible. Ce que je regrette aujourd’hui, c’est l’absence de vraies émissions de variétés qui mettent en avant de jeunes auteurs-chanteurs-compositeurs. Sauf «The Voice». La seule personne qui ose des choses différentes sur le plan de la variété, c’est Gérard Louvin, quelqu’un de ma génération.

Récemment, vous avez été consultante auprès de France Télévisions…

J’ai fait du conseil pour Rémy Pflimlin, pour fournir des idées. Cela a duré un an. Mais j’ai très vite fait le tour de la question.

En quoi consiste aujourd’hui votre activité de productrice?

En tant que personne, je m’associe à des sociétés de production plus habilitées à produire l’idée que j’ai dans la tête car elles ont le savoir-faire. J’adore les programmes courts, les «non spot advertising». Avec Sanofi Aventis, «on a tous dans le cœur», et avec HTC, «tout commence par une idée». C’est un exercice difficile de faire tenir une idée en une minute.

Que préparez-vous en ce moment?

Je prépare un magazine sur les écolières du bout du monde, un documentaire soutenu par l’ONU, que je produis avec Frédéric Lepage et France 5. On est en aux repérages.

Comment avez-vous vécu votre passage à «On n’est pas couchés» samedi sur France 2?

J’étais très mal à l’aise dans l’émission, dans ce concept de l’arène, avec des femmes qui plantent des banderilles toutes les sept minutes. Et je n’aime pas cette ligne qu’elles se sont fixée de me faire mal. Je n’aimerais pas être payée chaque matin juste pour être cruelle. Mais c’est la loi du genre de cette émission et j’adore Ruquier, qui a cette intelligence de remettre les choses en perspective.