Le crayon puissance web

SATIRIQUE Internet a modifié la portée des dessins de presse...

Joël Métreau

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Le rôle d'Internet dans les révolutions arabes, croqué par l'Espagnol Kap.
Le rôle d'Internet dans les révolutions arabes, croqué par l'Espagnol Kap. — KAP

De notre envoyé spécial à Caen

C'est grâce à Internet que la Tunisienne Nadia Khiari, alias Willis from Tunis, s'est fait connaître. Le 13 janvier 2011, elle publie ses premiers dessins sur Facebook et Twitter après le dernier discours de Ben Ali: «Si un dessin est efficace, il va être partagé et propagé. Lors d'une manif devant l'Assemblée, des gens avaient imprimé mes dessins», explique-t-elle. Le week-end dernier, elle a reçu le prix Daumier des Rencontres internationales des dessinateurs de presse organisées par le Mémorial de Caen. Autre Tunisien présent, _Z_, que recherchaient les autorités, exprimait en dessins sa critique du régime sur un blog dès 2007. Malgré la chute du régime, il reste anonyme: «par jeu», et parce ce que « les réflexes de la dictature sont toujours là ».

La caricature, un thermomètre de la démocratie

Mais _Z_ comme d'autres dessinateurs rejettent l'idée de révolutions «2.0» entretenues grâce au Web: «Il existe un regard romantique et occidental par rapport au rôle des réseaux sociaux dans les révolutions arabes, note l'Algérien Ali Dilem. En Algérie, si vous avez une excellente connexion Internet, c'est que vous êtes le cousin du président», ironise ce dessinateur, poursuivi en justice à plusieurs reprises pour avoir notamment caricaturé les institutions militaires. Internet permet de s'affranchir des thèmes imposés par un rédac'chef, rappelle simplement Michel Kichka, qui correspond directement avec les lecteurs de son blog en trois langues (français, hébreu et anglais), et aussi de s'exprimer au-delà des frontières. «Pour moi, c'est le seul moyen de m'adresser à mon pays », témoigne l'Iranien Kianoush Ramezani, qui a dû s'exiler en France en 2009. Après la «révolution verte», il avait publié des caricatures dénonçant le régime des mollahs.

Car le Web est surveillé par les régimes autoritaires. En 2009, Le dessinateur franco-burkinabé Damien Glez avait représenté pour le quotidien Le Monde Mohammed VI, roi du Maroc, sous la forme d'une serrure. En janvier dernier, un Marocain de 18 ans poste cette caricature sur Facebook: il a été condamné à dix-huit mois de prison. «Faut-il parler de lui au risque d'envenimer la situation, ou pas au risque de l'oublier?», s'interroge Glez. Par ailleurs, ce dessinateur pour Le Journal du Jeudi au Burkina-Faso nuance l'impact d'Internet. «Grâce au papier, on peut toucher un public plus populaire. Dans mon pays, où il y a un fort taux d'analphabétisme et beaucoup de dialectes, le dessin possède un impact immédiat.»

Le projet Cartooning for peace de plantu

Présent au Mémorial de Caen, Plantu, dessinateur du Monde, a rappelé les objectifs de son projet Cartooning for Peace, né en 2006 au siège de l'ONU: «Une meilleure compréhension et un respect mutuel entre des populations de différentes croyances ou cultures» à travers le dessin.