«Au XIXe siècle, Sherlock Holmes n'était pas une vieille relique»

SERIE Steven Moffat, créateur britannique de la série policière «Sherlock», dont la deuxième saison est diffusée à partir de ce mercredi soir sur France 4, revient sur sa mise à jour du détective...

Recueilli par Joël Métreau

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Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch) et Docteur Watson (Martin Freeman), dans la série "Sherlock".
Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch) et Docteur Watson (Martin Freeman), dans la série "Sherlock". — C. HUTTON / HARTSWOOD / BBC / FRANCE 4

Le saviez-vous? Jeune et dandy, Sherlock Holmes vit à notre époque, à Londres. Il propose ses services de détective privé tout en cherchant des indices sur le Web et en envoyant des SMS.  Malgré son caractère asocial et cassant, il partage son appartement avec le docteur-blogueur Watson, médecin vétéran de la guerre d’Afghanistan. Steven Moffat, avec l’aide de Mark Gatiss, a remis à jour le héros créé en 1887 par Arthur Conan Doyle. La deuxième saison de «Sherlock», minisérie de trois épisodes coproduite par la BBC, a connu un succès outre-Manche: près de 8 millions de téléspectateurs et 30 % de parts d’audience pour chaque épisode. Steven Moffat revient sur sa création, diffusée à partir de mercredi soir sur France 4.

Pourquoi vous êtes-vous intéressés à Sherlock Holmes?

D’abord Mark Gatiss, l’autre créateur de la série, et moi sommes des grands fans de Sherlock Holmes. D’ailleurs, notre rencontre est connectée à la série Doctor Who. Avant que je ne m’occupe de la série comme producteur exécutif, on écrivait tous les deux occasionnellement des épisodes pour celle-ci. On essayait même de prendre le train ensemble pour aller à Cardiff, où la série est produite. Et on a commencé à parler d’autres obsessions que nous avions en commun, comme Sherlock Holmes.

Comment avez-vous souhaité faire évoluer ce personnage ?

On aimait beaucoup les romans et les films, notamment ceux situés dans les années 1930-1940 avec l’acteur Basil Rathbone en Sherlock Holmes et Nigel Bruce en Docteur Watson. Les personnages avaient même été mis à jour pour combattre les nazis. Et on s’est dit qu’il fallait refaire ça. Sans arrière-pensée, j’ai mentionné l’idée à Sue Vertue, ma femme productrice. Elle m’a répondu: «Vraiment ? L’idée est intéressante.» Je ne pensais pas qu’elle serait intéressée: elle a l’habitude de lever les yeux au ciel quand je lui parle de mes lubies. Puis nous sommes allés à la BBC pour présenter le projet d’un Sherlock Holmes contemporain. Ils ont dit oui. On a réalisé le pilote, ils ont commandé la série et puis c’est devenu un succès instantané. C’était comme la sensation d’avoir été parachuté en haut de la montagne sans avoir eu à la grimper! Génial! Ça ne se passe pas toujours comme ça!

Pourquoi situer Sherlock Holmes à notre époque?

On s’est demandé pourquoi cela n’avait pas été fait plus tôt. Tous les héros mélodramatiques de ce genre sont automatiquement mis à jour: James Bond, par exemple. Quand vous allez voir un James Bond, cela ne vous choque pas que le film ne se déroule pas  dans les années 1950, à l’époque des romans de Ian Fleming. Arthur Conan Doyle a simplement situé le cadre de ses romans dans l’époque où il vivait. Pour les lecteurs de Strand Magazine, Sherlock n’était pas une vieille relique avec une loupe et un microscope poussiéreux. C’était un jeune homme qui vivait dans leur ville, dans leur pays, et plutôt moderne grâce à son équipement scientifique. Il n’y avait aucune nostalgie à son égard.

Il continue de recourir à la science…

Sherlock s’appuie sur les hautes technologies de l’époque. Mais son principal talent repose sur son esprit d’observation et de déduction. Ça, ça ne change pas.

Pourquoi, selon vous, est-il si connu à travers le monde?

Parce que c’est un excellent personnage. Il est devenu si célèbre qu’on en oublie même que les histoires sont d’abord géniales. Tous les détails sont parfaits, jusqu’à la manière dont Sherlock Holmes met en scène ses déductions.