Jean-Jacques Bourdin: «Je pratique un journalisme décomplexé»

INTERVIEW L'animateur de la matinale de RMC explique son rôle à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Anne Dumoulin

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Jean-Jacques Bourdin
Jean-Jacques Bourdin — J.-M. SUREAU/TF1

Jean-Jacques Bourdin, la vedette d’RMC, est en campagne. Une double campagne même. Jeudi, il a lancé la nouvelle formule de la matinale de la station, intitulée «L’intégrale présidentielle». Et le 17 février 2012, il partait en croisade pour soutenir le parrainage des «petits candidats» à la fonction suprême: «Allez, je m’engage, je vais lancer un appel aux maires, […] donnez vos parrainages à ceux qui, […] se battent au quotidien, parce que, c’est la démocratie.» Appel réitéré le 21 février: «J’aimerais, je vous le dis sincèrement, pour une question de pluralisme politique, que les maires accordent leurs signatures à des candidats qui ne les ont pas pour l’instant.» Pourquoi? «Pour assurer la diversité des opinions.» Appel relayé sur le site d’RMC, et déjà soutenu par près de 10.000 internautes.

Est-ce le rôle d’un journaliste de s’engager?

Je pratique un journalisme décomplexé. J’en ai assez de ce journalisme fade qui considère que l’on ne peut pas dire ce que l’on pense, de ce courant de pensée qui estime antidémocratique le fait de soutenir que tous les candidats puissent obtenir les signatures nécessaires.

Certains anglo-saxons vont même plus loin, comme Jay Rozen qui estime qu’un journaliste devrait préciser d’où il parle, c’est-à-dire, à quelle confession il appartient, ou pour qui il vote. En France, c’est différent…

C’est une question intéressante. La France est un pays conservateur, la frilosité est le reflet de la société. Je m’interroge sur l’élection. D’un côté, il y a le citoyen qui a envie de voter, de l’autre, est-ce que le journaliste doit voter? Je suis favorable au fait qu’un journaliste s’engage, en revanche, je pense qu’il ne doit pas s’engager pour une cause partisane, idéologique. Il peut s’engager sur un sujet qui concerne tous comme la solidarité, ou une initiative collective républicaine. Mais s’engager politiquement, je ne suis pas très favorable à cela. 

La nouvelle formule de la matinale, consacrée à la présidentielle, est retransmise intégralement en vidéo? Vous n’avez pas peur que cela casse la «magie radiophonique»?

Les portes de mon studio ont toujours été ouvertes. Il ne faut pas avoir peur de filmer la radio. Je fais de la radio depuis longtemps maintenant, et j’ai souvent entendu dire que ce média allait disparaître. Entre l’auditeur et la radio, il y a un lien très fort, de la proximité, de l’intimité. Le fait de filmer renforce ce lien. L’auditeur peut voir ce qui se passe dans le studio, participer un peu plus. Depuis le lancement jeudi, nous avons déjà eu de nombreux retours positifs, de nombreux mails. Nous ne reviendrons pas en arrière… et je vous le dis, tout le monde s’y mettra.