Carla Bruni-Sarkozy transforme son image culturelle

PRESIDENTIELLE L'épouse du chef de l'Etat candidat à sa propre succession vient d’accorder une interview à «TV Mag», le supplément du «Figaro». Elle y évoque des goûts très populaires: «Plus belle la vie» ou «Fort Boyard»...

Charlotte Pudlowski
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Carla Bruni-Sarkozy le 26 janvier à l'Elysée, à Paris
Carla Bruni-Sarkozy le 26 janvier à l'Elysée, à Paris — CHAMUSSY/WITT/SIPA

Exit le temps où Carla Bruni et Nicolas Sarkozy se faisaient des soirées DVD et regardaient des films de Kubrick, Chaplin et Capra. Exit, du moins, l’époque où ils se vantaient de le faire. Désormais, Carla Bruni explique qu’elle «rêve de participer à “Rendez-vous en terre inconnue”» et trouve «L’amour est dans le pré» «formidable».

Alors que le Président officialisait mercredi soir sa candidature à l’élection présidentielle, expliquant sur TF1 qu’il est «un Français comme les autres», TV Magazine (Le Figaro) publiait le même jour une interview de Carla Bruni-Sarkozy où il n'était pas du tout question de politique. La première dame s’y présente elle aussi en Française comme les autres. A travers ses goûts télévisés.

>> L'interview politique de Carla Bruni-Sarkozy à lire par ici

«Cette interview est cousue de fil blanc», explique Christian Delporte, historien des médias et auteur d’une Histoire de la séduction en politique, à 20 Minutes. «On pouvait se demander quelle serait la place de Carla Bruni dans le dispositif de campagne de Nicolas Sarkozy: ça y est, on a trouvé. C’est de l’humaniser et de le rendre plus populaire.» Et quoi de mieux pour cela que d’invoquer des programmes qui réunissent devant leur écran des millions de Français?

«L’Amour est dans le pré» par exemple, sur M6, est l’un des programmes télévisés les plus consensuels et les plus regardés. La finale de la sixième saison, en septembre dernier, avait réuni 6,5 millions de téléspectateurs. Carla Bruni vise donc large quand elle déclare: «Je trouve cette émission absolument fabuleuse! D'abord parce que j'adore Karine Le Marchand [présentatrice de l’émission] qui est ravissante et drôle. Elle a une humanité qui me touche. Ce qui me plaît, c'est le climat bon enfant qui change de la téléréalité habituelle. Les situations sont marrantes et très naturelles. Et j'aime le principe de rassembler des gens afin qu'ils puissent trouver l'amour.»

Une stratégie commune

La téléréalité, en France, a longtemps été reléguée hors du champ politique. «Les politiques restent hors du champ du divertissement dans l’ensemble, rappelle Marie Lherault,  sociologue des médias et auteur de La télévision pour les nuls. Au début des années 2000, un pilote de “36 heures avec” devait être tourné avec Jean-François-Copé, et l’Elysée, à travers Jean-Pierre Raffarin, avait fait arrêter Copé: pas de téléréalité pour les politiques.» 

Mais depuis quelque temps, ils ont trouvé une autre manière de s’en rapprocher: en parler. Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, avait accordé une interview au Parisien portant uniquement sur «L'amour est dans le pré», en septembre dernier. La semaine d’après, Frédéric Mitterrand s’était même risqué à recevoir dans son ministère (de la Culture, mais aussi de la gastronomie) l’émission «Un dîner presque parfait»…

Transformation radicale

«Pour Carla Bruni, l’idée c’est de passer pour une téléspectatrice comme les autres, analyse Marie Lherault. Il s’agit d’être comme tout le monde. D’ailleurs, Carla Bruni n’hésite pas à mêler programmes de télé publique et privée, avec des cibles plus ou moins variées.» De «Plus belle la vie», série à succès de France 3, la première dame raconte ainsi: «Oui, j'ai souvent regardé “Plus belle la vie" avec ma fille dans les bras ces derniers temps. (Rire) Je trouve cette série charmante, bien faite et très sympa à suivre.» Comme les cinq millions de téléspectateurs qui la regardent…

Face à Nicolas Sarkozy et à son image tape-à-l’oeil, Carla Bruni a longtemps fait figure de première dame raffinée, qui le tirait vers des goûts culturels plus élitistes, tant en cinéma, en littérature, que dans leurs fréquentations mondaines. Nicolas Sarkozy a voulu asseoir cette image d’un président plus raffiné, à la Mitterrand. Citant Céline, Stendhal, s’étant converti à la lecture de La Princesse de Clèves… «Mais personne n’y a cru, juge Christian Delporte. Donc cela n’avait pas de sens de s’obstiner dans cette direction, et c’est plus porteur d’aller vers les goûts des électeurs avec des programmes populaires.»

Sans compter, selon le spécialiste, que dans une élection présidentielle, «une partie des électeurs votent au feeling, à la sympathie. Hortefeux dit lui-même que Sarkozy n’a pas une image assez sympathique. Là, c’est une manière d’humaniser le couple, de montrer qu’ils peuvent comprendre les goûts des français. On les visualise en train de regarder M6 ou TF1 comme tout le monde.» Avec «[leur] fille dans les bras»? Pour Marie Lherault, «c’est une stratégie de proximité, mais dans l’excès. Et on est dans l’excès parce qu’on est dans l’urgence.» Soixante-six jours avant la présidentielle.