Mallaury Nataf devenue SDF: Pourquoi ça choque?

DECRYPTAGE L'ancienne actrice de la série d'AB Productions «Le Miel et les abeilles» a expliqué au Parisien qu’elle était devenue SDF. Une annonce qui fait beaucoup jaser. «20 Minutes» fait le point...

Charlotte Pudlowski

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Mallaury Nataf lors d'une soirée au Palais de Tokyo, le 19 avril 2005.
Mallaury Nataf lors d'une soirée au Palais de Tokyo, le 19 avril 2005. — LIAM/SIPA

Evidemment, on se souvient de sa fossette au menton, de ses yeux bleus, voire de son absence de culotte lors d’un passage télévisé, en 1999… Le fait d’apprendre dans Le Parisien que Mallaury Nataf du «Miel et des abeilles» est devenue SDF est donc en soi un étonnement. Mais tout de suite, on parle de sa «manucure», du manque de crédibilité du témoignage. Comme s’il était impossible de passer du statut de «star» d’AB productions à SDF.

Vulnérabilité des acteurs

«C’est pourtant une histoire qui renvoie à des cas classiques», explique à 20 Minutes le sociologue Serge Paugam, directeur de recherches au CNRS, spécialiste de la pauvreté. «Cette jeune femme semble avoir vécu des ruptures cumulatives: une série d’échecs à partir d’un échec professionnel».

Il semble long, le chemin qui mène des plateaux télé aux associations d’aide au logement. De fait, il est rare que l’on voie des gens connus tomber dans de telles situations. «Mais tous les métiers qui exposent les personnes aux médias, qui leur donnent une existence publique et impliquent un investissement, un engagement total, peuvent conduire à un affaiblissement d’autres liens nécessaires à l’existence humaine», précise Serge Paugam, «quelqu’un qui cultive son image publique au détriment de ses liens sociaux fondamentaux peut se retrouver dans une très grande vulnérabilité quand il y a la rupture de ce lien professionnel, le seul qui était en vigueur.»

Le paradoxe maximal

Cette vulnérabilité des acteurs est déstabilisante pour le public qui – même quand il s’agit d’AB Productions et pas d’Hollywood – met ce cercle au-dessus des autres. «Les acteurs ont un statut social très fort, remarque Anne-Laure Guibert, plasticienne et sociologue, auteure d'un article sur Les représentations sociales envers les SDF.

. «Eux sont complètement idéalisés, c’est une élite très visible. Chaque personnalité connue a été extraite de la masse pour être singularisée. Le SDF perd sa singularité, il se fond dans une masse: c’est le paradoxe maximal». Serge Paugam renchérit: «On passe d’une image publique valorisée à une absence totale d’image». 

La question de la manucure, qui ronge tous les commentaires des articles écrits sur la situation de Malaury Nataf, relève de cette image. «Le corps de l’acteur est un corps pomponné, mis en scène. Le SDF a souvent des vêtements informes, il ne prend pas soin de lui parce qu’il n’en a pas les moyens : cela marque sa marginalisation», souligne Anne-Laure Guibert. Mais ce n’est pas aussi incongru qu’on peut le sentir au premier abord, nuance Serge Paugam. «Une actrice c’est quelqu’un qui est dans l’image, elle a dû être très attachée à son apparence, là elle essaie de résister dans la déchéance, cela passe assez naturellement par un effort de coquetterie. C’est tout à fait compréhensible».

Un cas singulier

Que Mallaury Nataf ait pu passer des projecteurs de TF1 à la rue, cela peut aussi laisser penser que si c’est possible pour elle, c’est possible pour n’importe qui. «Avec la crise, les gens sont généralement plus sensibles aux situations de grande fragilité», expliquait récemment Jean-Marie Charon à 20 Minutes. «Mais il ne faut pas oublier que cela n’arrive pas à tout le monde», rappelle Serge Paugam. «Cette situation de rupture cumulative, ce passage d’une gloire à une déchéance sociale, c’est relativement peu fréquent».