La petite touche française

Envoyée spéciale à Londres, Anne Kerloc'h

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De g. à d.:  S. Chilcott (BBC), L. Recayte (Telfrance), et F. De La Patelliere (Canal+).
De g. à d.: S. Chilcott (BBC), L. Recayte (Telfrance), et F. De La Patelliere (Canal+). — G. BERNARDI/ 20 MINUTES

Vendre de la fiction française aux Britanniques ? Un exploit à peu près aussi évident que d'écouler des glaces sur la banquise. Là-bas, la fiction locale est qualitative, adorée du public et dotée de super-pouvoirs. « Nous ne programmons jamais de série américaine en prime time » lance fièrement Kate Harwood, qui supervise les séries de la BBC. Pour compliquer l'affaire, les chaînes anglaises refusent le doublage au profit du sous-titrage, habitude moyennement apprécié du public.

L'engrenage des achats ?
Le festival Totally Serialized organisé la semaine dernière par l'Institut français de Londres a donc du panache. « Il y a quelques années, cela aurait paru impossible, mais le succès critique d'« Engrenages » (voir ci dessous) nous a convaincu », confie Laurent Burin des Roziers, directeur de l'Institut. En plus de la série policière de Canal+, la première à être vendue à la BBC après « Belle et Sébastien » (millésime ORTF années 1960), d'autres productions Canal+ ont fait l'objet d'acquisitions : « Braquo » par la chaîne FX, « Borgia » par le site Netflix UK. Et la BBC a diffusé « Vous les femmes » (Téva). « Le marché est difficile, confirme Mathieu Béjot, délégué général de TV France International (TVFI), structure d'aide à l'export. On cherche d'abord à créer du buzz autour de la fiction française ». Et aussi à faire valoir le mariage de raison. La BBC a lancé sa première coproduction avec France Télévisions « Death in Paradise », où un détective adepte du parapluie et du brouillard enquête aux Antilles. Elle a pu au passage boucler un budget conséquent (12 millions pour 8 épisodes) grâce à une fiscalité avantageuse liée au tournage en Guadeloupe. « Nous avons des contacts avancés avec des producteurs britanniques, note Fabrice de la Patellière, directeur des fictions de Canal+. Aujourd'hui, pour des projets prestigieux d'envergure internationale, la coproduction s'impose. les Britanniques le savent ». Et n'hésitent plus à se mouiller pour traverser la Manche.

Mini marché

En 2010, selon une étude du CNC pour TVFI, les ventes de programmes audiovisuels français au Royaume Uni ont bondi de 12,5% par rapport à 2009 pour atteindre 5,2 millions d'euros, mais surtout pour du documentaire et de l'animation.La France vend pour 8,8 millions d'euros de programmes à l'Espagne, 10,2 à l'Allemagne et l'Autriche réunies, 11,1 à l'Italie.