Quel rôle pour les blogueurs tunisiens ?

Envoyée spéciale à Tunis, Alice Coffin

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L'« agora électronique» avait mobilisé la foule le 14 janvier 2011.
L'« agora électronique» avait mobilisé la foule le 14 janvier 2011. — C. ENA / AP / SIPA

«Je ne connais aucun blogueur, moi, compris, qui n'ait pris une claque monumentale aux élections ! » Mehdi Lamloum, candidat en octobre à l'Assemblée constituante tunisienne, en rigolait presque le 12 janvier, au colloque « Medias et Internet, Tunisie : révolution, mutation, transition » organisé à Tunis par Canal France International. Son constat est sévère : « Nul ne peut nier la place des blogueurs, mais ont-ils vraiment un poids en Tunisie ? On n'est pas en mesure d'influencer la société, on est déconnecté. » Aïe ! Un an après avoir été présentés comme des faiseurs de révolution, des défaiseurs de dictateur, les blogueurs s'interrogent.

D'où parles-tu blogueur ?
Premier souci, leur position. « Après le 14 janvier, c'est plus difficile d'être blogueur en Tunisie, estime Sarah Ben Hamadi, blogueuse, membre des Cahiers de la liberté. Avant et pendant la révolution, on était dans une agora électronique, avec un rôle de lanceurs d'alerte, car le black-out médiatique était total. Après on s'est senti plus responsable, obligé de respecter une déontologie. » Comment dépasser le rôle de militants engagés ? « L'information n'est jamais neutre, mais c'est un challenge pour ces personnes qui ne sont pas journalistes de parvenir à être objectifs », souligne Malek Khadhraoui, coadministrateur de Nawaat, blog créé en 2004 et très actif pendant la révolution.
Deuxième problème, beaucoup s'interrogent sur leur poids. « L'avenue Bourguiba n'est pas Tunis, Tunis n'est pas la Tunisie, on n'aime pas le dire, mais il y a une rupture dans la société tunisienne », note Emma Mnif, femme politique. Une rupture d'abord linguistique. « Les gens ne parlent plus le français sauf une petite minorité, lance Mehdi Lamloum. Aujourd'hui, j'ai un blog en français, mais je veux me mettre à l'arabe. »