Quel rôle pour les blogueurs tunisiens après la chute de Ben Ali?

WEB Un an après la Révolution, les blogueurs qui ont contribué à la chute de Ben Ali s'interrogent sur leur place dans la société tunisienne...

Alice Coffin, envoyée spéciale à Tunis

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Les Tunisiens se sont rassemblés pour célébrer l'anniversaire de leur Révolution, le 14 janvier 2012.
Les Tunisiens se sont rassemblés pour célébrer l'anniversaire de leur Révolution, le 14 janvier 2012. — Amine Landdouls/AP/SIPA

De notre envoyée spéciale en Tunisie

«Je ne connais aucun blogueur, y compris moi, qui n’ait pris une claque monumentale en se présentant aux électionsMehdi Lamloum, lui-même blogueur et candidat en octobre dernier à l’Assemblée Constituante tunisienne, en rigolait presque le 12 janvier dernier, à la tribune du colloque «Medias et Internet, Tunisie: révolution, mutation, transition» organisé à Tunis  par Canal France Interanational (CFI). Son constat est pourtant sévère: «Nul ne peut nier la place des blogueurs mais ont-ils vraiment un poids en Tunisie? Je pense que non. On n’est pas en mesure d’influencer la société, on est vraiment déconnecté.» Aïe. Un an après avoir été présentés comme des faiseurs de Révolution, des défaiseurs de dictateur, les blogueurs s’interrogent. Sur leurs positions et leur positionnement.

En recherche de déontologie

Premier souci, leur position a changé. «Après le 14 janvier, c’est devenu plus difficile d’être blogueur en Tunisie, estime Sarah Ben Hamadi, blogueuse, membre des Cahiers de la liberté. Avant et pendant la Révolution, on était dans une agora électronique dans laquelle on avait un rôle de lanceurs d’alertes car le blackout médiatique était total. Mais après le 14 janvier, c’est devenu plus difficile pour ceux qui bloguaient déjà sous Ben Ali car on s’est sentis plus responsables, obligés de respecter une certaine déontologie». Comment donc dépasser le rôle de militants engagés contre une dictature? «L’information n’est jamais neutre, mais c’est un vrai challenge pour ces personnes qui ne sont pas journalistes de parvenir à être objectives dans les prises de position», note Malek Khadrhaoui co-administrateur de Nawaat, blog créé en 2004 et très actif pendant la Révolution.

L'obstacle de la langue

Deuxième problème, beaucoup, à l’instar de Mehdi Lamloum s’interrogent sur le poids réel des blogueurs militants. «L’avenue Bourguiba n’est pas Tunis, Tunis n’est pas la Tunisie, on n'aime pas le dire, mais il y a une rupture dans la société tunisienne» pour Emma Mnif, femme politique. Rupture qui serait d’abord linguistique. «On a du mal à marketer nos idées, parce que l’obstacle de la langue est important, appuie Mehdi Lamloum. Les gens ne parlent plus le français sauf une petite minorité. Quand je parlais de problématiques liées à l’Open data, l’Open Gov, cela touchait très peu de monde, quand on a commencé à dire 7ell, cela a eu un écho incroyable ! Aujourd’hui j’ai un blog en français mais je veux me mettre à l’arabe.»