Grey's Anatomy: Pourquoi la série dure

MEDIAS La septième saison démarre ce mercredi soir sur TF1...

Charlotte Pudlowski

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Patrick Dempsey et Ellen Pompeo dans Grey's Anatomy
Patrick Dempsey et Ellen Pompeo dans Grey's Anatomy — Danny Feld / ABC

Une série médicale en forme de soap, où meurtres et avortements le disputent aux romances avec cancéreux et mariages sous perfusion. Qui regarderait ça pendant six ans, années après années? Eh bien des millions de gens. Ceux qui s’asseyent depuis 2006 dans leur canapé, face à Grey’s Anatomy.

A l’été 2006, quand le pilote et deux épisodes sont lancés sur TF1 en deuxième partie de soirée, le succès est immédiat. Un téléspectateur sur trois regarde. Dans la foulée, le lancement de la saison 2 réunit 3,8 millions de personnes. Quand Meredith (l’héroïne) et Derek (son amant puis copain, puis –ex, puis…) débarquent en prime time à la saison 3, ils explosent: 6,3 millions de téléspectateurs. La saison 6 atteint un record avec 7,6 millions de téléspectateurs lors du lancement.

Les séries médicales sont un sacré filon. Martin Winckler, médecin et critique séries a ainsi expliqué dans un article que «rien ne touche plus le spectateur qu’une fiction fondée sur l’unique réalité commune à tous les humains –celle du corps (…). Les médecins sont des héros surhumains. Du moins, c’est ce que nous avons envie d’imaginer. Ils tiennent entre leurs mains la vie et la mort; tout le monde peut s’identifier aux patients qu’ils soignent ou à leurs familles –tandis que tout le monde n’a pas commis un meurtre». + 1 pour Grey’s Anatomy.

Mais plusieurs programmes médicaux se sont pourtant misérablement vautrés dans les cimetières de séries. Off the Map, Three Rivers…Pourquoi Grey’s Anatomy?

Des rires aux larmes

«C’est une série très codée» explique à 20 Minutes Pierre Serisier, co-auteur de l’ouvrage Sériscopie. «Les références sont naturelles et simples: c’est un univers familier, dans lequel on s’habitue vite et facilement aux personnages». On ne s’y perd jamais non plus «on peut rater un épisode, ce n’est jamais gênant pour la compréhension», précise le spécialiste.

C’est un univers confortable dans lequel on est sûr de retrouver des émotions fortes, immanquablement. «Un alliage entre la légèreté et la joie qui sont les bases du soap, un mélange de rebondissements, de romance qui nourrissent en permanence le spectateur».

«Je suis toujours frappée par la façon dont les gens disent que mes séries sont légères et optimistes», remarquait Shonda Rimes, la créatrice, dans une interview accordée au New York Magazine. «Je n’ai pas le sentiment d’avoir écrit quoi que ce soit de léger ou d’optimiste». De fait, les avortements succèdent aux cancers et quand une bombe n’explose pas dans l’hôpital, un meurtrier se charge de tirer sur tout le monde. Mais entre les tirs, les parties de jambe en l’air animent les salles de repos, et les acteurs, tous plus sexy les uns que les autres, se chargent de donner aux spectateurs des pensées légères…

La force immense de l’habitude

Et le montage assure l’alternance entre ces émotions. «C’est un montage qui force les larmes», souligne Pierre Sérisier. «De la musique qui monte crescendo quand un personnage souffre. On trouvait déjà ça dans Urgence. Quand Marc Greene meurt et que sa petite fille lui met un casque sur les oreilles, qu’il part en musique. C’est vraiment la seule série médicale actuelle qui force ainsi les larmes». (Si Dr House vous tire des larmes, il faut arrêter de regarder les médecins à la télé et aller les consulter).

La créatrice, Shonda Rimes, instaure «la force immense de l’habitude» qui fait que l’on aime – quelqu’un, quelque chose – parfois plus par habitude que par raison. On continue de regarder Grey’s Anatomy. Parfois en dépit du bon sens.