Leçons d'histoire pour présidentiables

Anne Kerloc'h

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Gérard Colé et Jacques Pilhan, les conseillers de l'ombre aux côtés de François Mitterrand.
Gérard Colé et Jacques Pilhan, les conseillers de l'ombre aux côtés de François Mitterrand. — FRANCE 3

Le 16 mars 1981 sur Antenne 2, François Mitterrand, candidat PS à la présidence de la République se prononce contre la peine de mort… et récolte des applaudissements, alors qu'une majorité de Français est contre l'abolition. Le public ignore que dans sa poche se cache un bristol cadrant son intervention à la couleur de la cravate près (« en camaïeu », « rythme verbal : pas trop lent »). Devenir président et le rester, doc de Cédric Tourbe, sur France 3 révèle le rôle de Gérard Colé et Jacques Pilhan pour transformer un présidentiable en président. De la com ? Non de l'art…
G Leçon n˚˚ 1 : croire

au produit
A la fin des années 1970, Colé, publicitaire de gauche estime que Mitterrand « est un bon produit mal exploité ». Avec Pilhan, il le « repositionne » « Opération Roosevelt ! détaille Cédric Tourbe. Mais attention, ils ne changent pas un candidat mais la perception que le public a de lui. Mitterrand devient Roosevelt parce qu'il avait du Roosevelt en lui. » Grâce à eux, il n'est pas « vieux » mais « sage », pas « mauvais économiste » mais « homme d'état » et il se fait tirer le portrait par un photographe de mode. Pilhan et Colé « font du Lacan ! Ils travaillent sur le désir, le corps du Roi ».
G Leçon n˚˚ 2 : manier

la gadoue
En 1986, pendant la cohabitation Chirac est un « bulldozer »... à enliser d'urgence. C'est l'opération « gadoue », un classique des campagnes. « Tendre des traquenards à l'adversaire est aussi important que défendre son candidat », souligne Tourbe.
G Leçon n˚˚ 3 : la réalité,

pas l'écume
A contrario de la com à tout va « Pilhan et Colé travaillaient sur le long cours, des années. Dans l'ombre. Au théâtre, on ne doit pas voir le metteur en scène, sinon la pièce est ratée ». Surtout, ils ne s'appuient pas sur des sondages à la petite semaine mais sur des études approfondies, livrées par des chercheurs en immersion pendant des mois dans la population. « C'est tout sauf de l'écume, du superficiel et de la fable. Ils travaillent sur du réel, des faits, pour raconter une histoire. » Les contes les plus édifiants ont leur part de vérité.