Téléréalité: «Seules les célébrités ont un contrat de travail, parce qu'elles ont déjà un avocat!»

MEDIAS Une trentaine d'anciens participants à diverses téléréalités de M6 réclament devant les prud'hommes la reconnaissance de leur contrat de travail...

Anaëlle Grondin

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Patrick Robert / M6

Quel est le point commun entre «Bachelor», «Les Colocataires» et «Pékin Express»? Outre le fait que ces trois téléréalités sont diffusées par M6, une trentaine d’anciens candidats à ces programmes ont porté plainte contre Studio 89, la société qui produit ces émissions, pour travail dissimulé. «Aujourd’hui, ces personnes réclament la requalification de leur prestation en contrat de travail et le paiement de leurs heures supplémentaires», a expliqué Me Jérémie Assous, chargé de défendre les anciens candidats, contacté par «20 Minutes». «Ils demandent plusieurs centaines de milliers d’euros à M6, ce qui n’est rien comparé à ce que les émissions ont rapporté à la chaîne». L’avocat explique que «les contrats sont strictement identiques pour toutes les émissions de M6, quel que soit le thème, la musique avec «X-Factor», la séduction avec «Bachelor», la cuisine avec «Top Chef»»… 

L’avocat n’a pas été choisi au hasard par les anciens candidats qu’il défend aujourd’hui. Jérémie Assous a fait de la téléréalité son cheval de bataille. C’est lui qui avait plaidé l’affaire de «l’Île de la Tentation», à l’issue de laquelle TF1 a dû requalifier en contrat de travail la participation de 56 anciens candidats et à leur verser entre 15.000 et 17.000 euros chacun. Ces derniers font jurisprudence: l’affaire est allée jusqu’en cassation et la Cour avait considéré, en juin 2009, que la participation à une émission de téléréalité comme «L’île de la Tentation» constituait un travail et justifiait donc un contrat de travail. «On est dans le même cas de figure ici pour M6», affirme Jérémie Assous, qui avait également obtenu la requalification des contrats de participations de certains candidats de «Koh-Lanta» (TF1) en contrat de travail en 2009. «Je pense donc qu’on va obtenir gain de cause, le conseil des prud’hommes de Nanterre (Hauts-de-Seine) doit rendre sa décision le 2 mars», déclare l’avocat.

«Le respect du code du travail aurait coûté plus cher à la production»

«La  production n’a volontairement  pas respecté le Code du travail, car ça lui aurait coûté beaucoup plus cher. Quand on salarie quelqu’un, on ne peut pas le faire travailler pendant plus de dix heures par jour. Alors les tournages durent parfois trois mois. Et avec des contrats de travail pour tous les participants, le coût ne serait pas le même», estime Jérémie Assous. En outre, les contrats de participation à un jeu, comme ceux que les candidats de ces programmes de téléréalité signent, n’ont «aucune valeur juridique», avait-il expliqué aux Inrocks en janvier dernier. «Les productions font des contrats de travail seulement pour les célébrités… Parce qu’elles ont déjà toutes des avocats!» confie-t-il à «20 Minutes».

Depuis qu’il est considéré comme l’avocat de la téléréalité, Jérémie Assous est très sollicité par d’ex-participants à ce type d’émissions, quelle que soit la chaîne de diffusion. «Un peu plus de 300 personnes», précise-t-il. «Elles viennent me voir souvent un an après. Mais comparé à tous les anciens candidats, qui sont environ 1.600, ce n’est pas beaucoup». Pour quels autres programmes vient-on le voir? «Top Chef (M6), Masterchef (TF1) ou encore Le Chantier (M6)», confie-t-il. «Parfois, les chaînes appellent ces personnes pour leur demander de ne pas aller en justice en échange d’une somme d’argent, mais les gens savent qu’ils obtiendront beaucoup plus en se tournant vers moi.»