Ovidie: «Les pornos stars ont été montrées comme des bêtes de foire»

INTERVIEW L'ex-star du porno signe un film sur la difficile reconversion des actrices porno et répond aux questions de «20 Minutes»...

Recueilli par Alice Coffin

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Ovidie.
Ovidie. — CYRIL LESAGE

Quand Richard Allan, ex «queue de béton» peut tranquillement profiter de sa reconversion en chocolatier, les ex-actrices pornos ont à subir un «tatouage social» indélébile. C’est toute la problématique du  «Rhabillage», titre du reportage réalisé  par Ovidie,produit par Jean-Jacques Beineix  diffusé par Envoyé Spécial  mercredi soir. Avec des témoignages de Nina Roberts, Brigitte Lahaie ou Coralie Trinh Thi.

Pourquoi ce film?

Cela fait onze ans que je réalise des films, que je publie, que j’ai fait mes preuves dans un autre domaine professionnel que celui d’écarter les jambes , et malgré tout, dans chaque émission, je suis présentée comme «Ovidie Star du X» .  Donc c’est militant comme film.

Avec quel objectif?

On n’a pas le droit de virer quelqu’un en fonction de son orientation sexuelle, pas non plus parce qu’elle a fait du X. Et pourtant, mon documentaire le montre, cela arrive beaucoup. Je voudrais qu’après mon film, les filles à qui cela arrive, aient le courage d’aller aux prud’hommes.

Vous vous attendez à quelles réactions?

En général la première réaction des gens, c’est «ha bah vous auriez dû y penser avant, c’est le revers de la médaille». Mais quel revers de la médaille? C’est normal de se prendre des insultes sexistes? Du coup c’est une vraie angoisse que dès vendredi, cela redevienne un cauchemar pour moi. Car je me fais encore insulter dans la rue, mais moins qu’il y a dix ans. En réapparaissant en prime time, j’ai peur que cela recommence.

Et vos autres témoins cela ne leur fait pas peur?

Bien sûr que si. D’ailleurs une quinzaine d’entre elles a refusé de participer pour cette raison. Elles ne veulent pas être Adjani, hein, justes secrétaires de direction. Mais c’est trop dur.

Pourquoi ce sujet est-il peu traité par les médias?

Mais parce que des journalistes n’auraient pas pu aller chez les filles, comme je le fais. Car ce sont mes amies. Sinon, on est toutes très méfiantes, car on a toutes été  montrées comme des bêtes de foire.

Il y a notamment un extrait de la Méthode Cauet dans votre documentaire.

Oui. En gros, dans ces émissions, on est soit tournées en ridicule soit on est accusé d’être responsable de la dégradation de la sexualité des adolescents, des tournantes dans les banlieues; de tous les grands maux de la société! La télé c’est catastrophique.

Comment expliquez-vous ce traitement?

Les journalistes sont comme n’importe qui. Le porno est un truc qui met hyper mal à l’aise. 90% des hommes et 30% des femmes en regardent, mais à les écouter, tout le monde trouve ça pas terrible! Ce n’est pas assumé. Par les médias non plus. Du coup ils parlent de «consommateurs» plutôt que de spectateurs, ils ont un discours moralisateur. Si vous saviez, le nombre de journalistes qui demandent d’assister à un tournage juste pour se rincer l’œil et qui après pondent un reportage ignoble. Rien n’est assumé.

Cela a toujours été ainsi?

Au début des années 2000, il y a eu une médiatisation de certaines d’entre nous. Moi je suis arrivée après Laure Sinclair, puis il y a eu Clara Morgane. Mais en 2002, une directive du CSA a demandé aux chaînes de ne pas présenter la pornographie de manière complaisante. Et là patatras. Les pornos stars sont devenues persona non grata sur les plateaux, alors qu’avant je pouvais allez chez «Campus» parler intelligemment de pornographie. On a été reghettoisées.

L’équipe d’Envoyé Spécial a, elle, accepté un traitement différent. Pourquoi?

Ce qui a intéressé les filles d’«Envoyé Spécial», c’est que je montre la différence entre la reconversion des femmes, et celles des hommes. Elles ont vu que cela n’était pas un sujet sur les pornos stars, mais un sujet féministe.

Comment se porte le porno?

Il  y a une lente agonie de la pornographie en France. Ce qui pourra le sauver c’est la pornographie féminine (NDLR. Pour les 20 ans du journal du Hard en janvier, l’émission de Canal+ s’appellera d’ailleurs «La femme est l’avenir du X? )Franchement, moi je réalise des films, sinon il y a des choses dans le milieu lesbien avec Emilie Jouvet mais le porno s’est quand même suicidé tout seul en présentant des programmes de merde. Ne survivront que ceux qui proposeront quelque chose de différent.