Les radios libres, illégales et impertinentes

MEDIAS Le 9 novembre, les radios libres fêtent leur 30 ans. Toute la semaine, 20Minutes.fr les célèbre en revenant avec l’INA sur l’avènement des ondes libres...

Joël Métreau

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L'équipe de Radio Carbone 14, en septembre 1983, après la légalisation des radios libres.
L'équipe de Radio Carbone 14, en septembre 1983, après la légalisation des radios libres. — MARQUETTE/SIPA

Elles étaient d’abord dans l’illégalité. Depuis 1945, le régime du monopole règne sur les ondes radiophoniques avec des radios d’Etat, même si dans les territoires limitrophes (Luxembourg, Monaco…) ont été créés des radios dites «périphériques» (Europe 1, RMC, RTL). «Sur le sol français, des radios qui ne respectaient pas la règle vont se faire appeler radios libres à partir de  1977. Elles vont émettre de manière irrégulière: elles sont poursuivies par la justice ou leurs ondes sont parfois brouillées», explique Thierry Lefebvre, auteur de La Bataille des radios libres (Nouveau monde éditions) et de Carbone 14, histoire d'une radio mythique (L'Harmattan/INA), qui va sortir dans quelques semaines. Parmi la centaine qui fleurit entre 1977 et mai 1981, l’une d’entre elles devient un des symboles du mouvement: Radio Verte, porte-parole des idées écologistes.


>> Le brouillage des certaines radio provoquaient des remous, comme la manifestation à Longwy pour protester contre le brouillage de la radio libre locale organisée par la CGT.

Avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir et sa proposition d’abroger le monopole d’Etat sur la radiodiffusion, le nombre de  «radios libres» se multiplie après le 10 mai 1981. «Le nouveau pouvoir socialiste se trouve face à des centaines de radio qui émettent plus régulièrement et plus longtemps, mais décide de ne pas intervenir», précise Thierry Lefebvre. Pour mettre un peu d’ordre, la loi du 9 novembre 1981 définit une tolérance par rapport à ses radios, les obligeant à se constituer en associations et à ne pas tirer de revenus de la publicité.

 Dans les programmes de ses radios, on trouvait de «de tout». «Aussi bien des radios de style municipale, plus ou moins inféodées au maire, que des radios de copains ou de bandes entrepreneurs», raconte  Thierry Lefebvre. Beaucoup diffuse de la musique qui n’était alors pas représentée sur les ondes: new wave, punk, reggae... Bien avant Internet, certaines comme Ici et maintenant font l’expérience de l’ «interactivité absolue, avec des auditeurs qui pouvaient intervenir sur l’antenne à tout moment». Carbone 14, l’une des plus fameuses, pratique la provocation à caractère sexuel avec des animateurs comme Michel Fiszbin (alias «Robert Lehaineux»), Jean-François Gallotte («David Grossexe»), Catherine Pelletier («Supernana»)..

«Aujourd’hui, on retrouve moins impertinence ou alors elle est formatée dans un cadre symbolique bien précis, comme dans les radios pour adolescents». La liberté de ton s’évapore, avec les pressions économiques. Résorbée « l’énergie militante de 1981, avec l’enthousiasme pour le média de la radio ». Internet aurait-il pris la relève? Thierry Lefebvre en doute: «Sur Internet, on peut créer un blog et un site avec peu de moyens, et donc tout expérimenter. Mais les médias de masse veulent d’abord le «clic». Je ne pense pas que la recherche d’un modèle économique sur Internet et l’exploration de nouvelles impertinences soit compatible».

>> Comment les radios libres étrangères ont inspiré la France? C'est par ici...