Odon Vallet: «La religion a plus de poids qu'avant, et donc plus de poids pour se défendre»

MEDIAS La polémique autour de Charlie Hebdo rappelle qu'il est devenu très difficile de caricaturer les religions - pas seulement l'Islam. Odon Vallet, historien des religions, l'explique à 20 Minutes...

Charlotte Pudlowski

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Le journal avait déjà reçu des menaces en 2006 lors de la publication des caricatures de Mahomet parues dans des journaux danois.
Le journal avait déjà reçu des menaces en 2006 lors de la publication des caricatures de Mahomet parues dans des journaux danois. — Martin Bureau afp.com

La polémique autour de Charlie Hebdo rappelle celle de 2006. Il est devenu impossible de critiquer les religions?
C’est en tout cas beaucoup plus dur aujourd’hui qu’il y a vingt ans. On l’a vu à propos de théâtre ou de peinture récemment: plusieurs œuvres ont été jugées christianophobes. Et on le voit aujourd’hui à propos de Charlie Hebdo, jugé islamophobe. Le mot phobie a un double sens: haine et peur. Il y a dans ces phobies à la fois une haine supposée des religions, ou d’une religion, et en même temps une peur face aux adeptes de cette religion.

Pourquoi la caricature des religions est devenue si compliquée aujourd’hui?
La religion a plus de poids qu’avant, et donc plus de poids pour se défendre. Or dès que l’on s’intéresse à elle, elle se sent offensée. Avant on ne l’entendait simplement pas, ou peu. Au théâtre par exemple, nous sommes dans un automne religieux. La pièce de Romeo Castellucci Sul concetto di volto nel figlio di Dio («Sur le concept du visage du fils de Dieu») de Romeo Castellucci se joue au Théâtre de la Ville, Golgota Picnic, de l'Espagnol Rodrigo Garcia au Rond Point,  le Vicaire de Rolf Hochhuth critiquant l'action du pape Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale… Et ces pièces qui abordent la religion chrétienne suscitent des polémiques et mécontentements importants. Nous sommes dans l’automne de tous les dangers, sur la question religieuse.

Il est aussi possible que la crise économique provoque des mouvements identitaires, à la fois de repli dans la religion, et de repli contre elle. On voit ainsi émerger une extrême droite identitaire, souvent anti-islam, dans des pays aussi tolérants que la Norvège, le Danemark ou la Suède. En Angleterre ou en Allemagne, le multiculturalisme est remis en cause. On est dans une logique d’identité plus que de dialogues et certains peuvent transformer l’identité en affrontement.

Mais l’Islam est donc difficile à caricaturer au même titre que le christianisme par exemple?
Même si le Coran n’en dit rien les hadith condamnent l’image du prophète. Non seulement sa caricature est déplacée mais le seul fait de le représenter est interdit. C’est donc encore plus difficile de caricaturer l’Islam – d’où les débats intenses de 2006 par exemple. Les musulmans peuvent se sentir plus rapidement blessés.