Thierry Ardisson: «Je suis un 'homme-marque'»

TELEVISION L'Homme en Noir fête sa «Boîte Orange», coffret DVD sur «Les Années Paris Première», compilant les émissions «Paris Dernière», «Rive Droite, Rive gauche»...

Propos recueillis par Anne Kerloc'h

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Thierry Ardisson lors d'un enregistrement du Grand journal sur Canal +, le 25 novembre 2009 à Paris.
Thierry Ardisson lors d'un enregistrement du Grand journal sur Canal +, le 25 novembre 2009 à Paris. — AFP PHOTO PATRICK KOVARIK

Après La Boîte Noire, votre coffret édité par L’Institut National de l’Audiovisuel (INA), il y a un an, voici La Boîte Orange, vous allez décliner beaucoup de couleurs?
Non! C’est juste parce que quand j’ai sorti La Boîte Noire, je me suis rendu compte que des émissions que j’adorais, comme «Paris Dernière», n’y figuraient pas. J’en ai parlé à Nicolas de Tavernost, patron du groupe M6, dont dépend Paris Première, et on s’est mis d’accord sur la sortie d’un coffret spécial des émissions que j’ai produites et animées sur la chaîne: «Rive Droite/ Rive Gauche», «93, Faubourg Saint-Honoré», et «Paris Dernière»... Si je dois sortir un prochain coffret DVD, ce sera sur mes émissions ratées! Parce qu’il y a toujours un truc bien dans une émission ratée! Des moments surréalistes! J’ai fait des émissions qui ont duré dix numéros, comme «Ardimat», où je menaçais de tuer un chien si l’audience baissait...

Des coffrets DVD, un site INA que vous avez vous-même désigné comme un «mausolée numérique», vous êtes très soucieux de faire vivre votre patrimoine télévisuel.
C’est une façon de lutter contre le côté éphémère de la télé. Les écrivains ont leurs livres, les cinéastes leurs DVD... Il y a des moments de télévision formidables, mais qu’on ne revoit plus aujourd’hui. Or, moi, je travaille beaucoup, j’écris mes émissions, je les tourne et je les monte, comme si c’était de la fiction. J’avais envie de pérennité. Pour mon travail, mais aussi pour tous ceux que j’ai rencontrés. Et puis, c’est récompensant d’avoir ses coffrets DVD sur la cheminée.

Comme des César?
Ce sont mes César à moi. Mais j’imagine que si ces coffrets sont édités par l’INA et par M6, c’est qu’il y a un intérêt pour le public, donc économique.

On a l’impression que vous vous vivez comme une marque de l’audiovisuel...
Je suis un «homme-marque»! La pub a été mon université. Très vite, je suis devenu mon propre produit, je suis concepteur dans l’âme, et donc publicitaire et annonceur de moi-même. J’ai compris le côté «logotypique», l’importance de signes distinctifs. Etre «l’Homme en Noir, avec des lunettes noires», pour être reconnaissable dans le maelström des médias.
 
Vous n’avez jamais d’envie subite de pull rouge et de jeans verts?
Si, mais heureusement je tiens bon! Le Géant Vert et le Cowboy Marlboro ne changent pas de look! Sinon par petites touches, comme la bouteille de Coca-Cola. On ne peut pas faire évoluer brutalement une marque.
 
Vous déposez aussi un nombre conséquent de marques et titres...
Je vis de ma matière grise, je dois la protéger. Dés que j’ai une idée de titre d’émission, je la dépose, même si je ne sais pas encore à quoi elle va ressembler. Mais je suis sympa, si je n’en fait rien et qu’elle intéresse vraiment quelqu’un, je la cède facilement.

Les Années Paris Première, pour vous, cela signifie quoi ?
Une période au départ difficile. Je m’étais fait virer du Service Public par Jean-Pierre Elkabbach, j’avais vendu le magazine Entrevue qui devenait trop trash, et on m’a donné la possibilité de faire «Paris Dernière», avec un tout petit budget, 15 000 € par semaine... J’ai adoré cette émission, elle est ma préférée. Je traînais dans Paris avec une liberté complète, une vraie dérive nocturne. Puis il y a eu «Rive Droite / Rive Gauche» et «93, Faubourg Saint-Honoré», «Le Dîner» comme on dit.
 
Ces émissions sont désormais animées par Philippe Besson pour «Paris Dernière» et Guillaume Durand pour «Le Dîner», vous les regardez?
Non, car je suis dans ce cas dans la position d’un joueur de foot qui ne joue plus, et qui commenterait le match sur son canapé! Je ne suis pas assez détaché. Les remakes, ce peut être mieux ou moins bien, je ne peux pas avoir un avis dessus.

Vous avez des projets en cours?
Je vais faire une émission événementielle pour Canal au moment de Noël, «Happy Hour». Je planche aussi sur une émission pour Jean-Luc Lemoine, «Télé Lemoine». Le pitch, c’est Jean-Luc Lemoine, devenu un gros loser de la télé, qui reçoit des invités dans le pavillon de banlieue de sa mère! Je devrais le faire en 2012 pour Jimmy.

Ardisson, Les années Paris Première, M6 vidéo ; 39,99 euros