«Engrenages»: une quatrième saison très politique

MEDIAS Le tournage de la série de Canal+ est actuellement en cours. 20minutes s'est rendu sur place, à Nanterre...

Charlotte Pudlowski

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Tournage de la quatrième saison de la série «Engrenages», le 25 octobre 2011.
Tournage de la quatrième saison de la série «Engrenages», le 25 octobre 2011. — © Daniel Bardou / Son & Lumière / Canal+

«Li-bé-rez, les sans-papiers! Li-bé-rez, les sans-papiers!» et aussi «Des pa-piers pour tous les sans-papiers, des pa-piers pour tous les sans-papiers». Devant la préfecture de Nanterre, mardi 25 octobre, banderoles et mégaphones, Engrenages joue une manifestation d’ultragauche en faveur des droits des sans-papiers. Au moment de la scène de friction, quand la police intervient, quelques coups sont un peu trop réalistes, on compte quelques petits blessés…

C’est Eric de Barahir qui a eu l’idée du thème. Dans sa vie d’avant, celle de flic, le scénariste de cette saison 4 a eu affaire à un sacré nombre de questions de sans-papiers et d’activistes. «C’est un thème que je connais bien, j’avais envie de travailler là-dessus». «Il s’agit de confronter nos flics et nos avocats à la misère humaine plutôt qu’à la seule délinquance», estime Dominique Jubin, directrice adjointe de la fiction sur Canal+. «Après une saison très forte autour d’un serial killer, thématique plus classique, les auteurs avaient envie d’une thématique très contemporaine, et que nous n’avions jamais abordé dans Engrenages. En partant des questions citoyennes de désobéissance civile, des sans-papiers, nous sommes arrivés à l’activisme d’extrême gauche. C’est un thème qui résonne avec l’actualité européenne en général».

Se renouveler

Mais la richesse du thème ne rend pas l’écriture facile pour autant. «On en chie pour se renouveler!» s’esclaffe Eric de Barahir. «C’est beaucoup de travail, de réunions incessantes, on écrit, on réécrit, deux fois, cinq fois, dix fois». Pour trouver des anecdotes, de nouvelles histoires, Eric de Barahir se sert de son vécu de policier, et avec sa comparse Anne Langlois, ils font des recherches. «J’ai interviewé des sans-papiers, des associations, des militants, des magistrats», explique Anne Langlois. «Tout ce travail de l’ombre a mis deux ans et demi», précise le producteur Vassili Clert. Et l’écriture des derniers épisodes est encore en cours.

«Ca a été compliqué de se positionner, de trouver le juste milieu», précise Anne Langlois. «On avait envie de faire passer plusieurs points de vue. Cette multiplicité nous force à creuser nos personnages, à réfléchir à ce que l’on va mettre dans la bouche de chacun, pour équilibrer, sans être manichéen». «Rien n’est simple», concède Caroline Proust – Laure Berthaud dans la série. «Quand on travaille sur des thématiques de près, on les comprend mieux». Surtout quand on n’y connaissait rien au départ, comme l’admet Fred Bianconi. «Moi ça me parlait pas du tout» lâche l’acteur qui joue Fromentin dans la série. «On commence à découvrir les agissements, les motivations. Mais c’est compliqué de trouver un point de vue. Le sien, et celui de son personnage. Fromentin et moi on n’en a pas encore».

Et les scénaristes n’ont jamais eu la moindre intention d’imposer le leur. Il ne s’agissait ni d’être didactique ni, surtout, moralisateur. Mais de raconter des questions brûlantes pour mieux raconter la société française. «Engrenages  n’est pas une série de polar pour moi, explique Vassili Clert. Elle a l’ambition de raconter quelque chose de la France, de faire un état des lieux du pays aujourd’hui. Et c’est ça aussi qui fait le succès».

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