Mathieu Kassovitz: «Dire d'Hitler que c'est un salopard ne pose pas problème»

MEDIAS L'acteur et réalisateur est la voix-off de la suite du documentaire événement de France 2, «Apocalypse Hitler».

Alice Coffin

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Mathieu Kassovitz lors du festival de Cannes 2008
Mathieu Kassovitz lors du festival de Cannes 2008 — REUTERS/ JP PELISSIER

Présent à la projection d’Apocalypse Hitler, au siège de France Télévision en septembre, le réalisateur Mathieu Kassowitz a livré ses impressions. 

Comment définiriez-vous ce projet?
C’est de l’edutainment. Un mot bâti sur le modèle d’infotainment. C’est un film fait pour toucher le plus grand nombre. Pour raconter des histoires à des jeunes adultes et de jeunes adolescents. Pour y parvenir, il faut s’en donner les moyens. Donc il faut de la couleur, de la musique, du son, et un narrateur connu.

Justement votre manière de narrer est particulière et très empathique
Daniel Costelle, le co-réalisateur, a une aversion pour tout ce qui vient du nazisme. Il me disait donc de «dégueuler» certains mots. J’ai retenu un peu en arrière, je me demandais pourquoi utiliser tel adjectif ou prononcer les mots de manière dégueulasse. Moi j’aurais préféré mettre moins l’accent sur nos opinions. Mais Daniel avait besoin d’appuyer sur ce point.

Vous comprenez pourquoi?
Bien sûr. Normalement, c’est vrai qu’un texte de documentaire ne dit pas «ils ont tort» ou «ils ont raison». Mais bon, sur Adolf Hitler, dire «c’est un salopard», cela ne pose pas problème. Surtout, qu’il convient de guider un peu les jeunes téléspectateurs que nous visons. Si un enfant voit ces images de défilés, des drapeaux, tout ce graphisme hitlérien, cela peut l’attirer, cela a été conçu pour. Donc le commentaire aide à mettre une distance.

Le documentaire visait à comprendre comment on en est arrivé là, qu'en pensez-vous, après avoir travaillé sur le projet?
C’est très intéressant de voir la façon dont la démocratie fonctionne dans ce genre de drame. Hitler était un illuminé. Comme la majorité des gens qui veulent le pouvoir d’ailleurs. Mais lui annonce tout ce qu’il veut faire très vite. Les gens sont au courant. Et pourtant ils le suivent. On doit rester vigilant face à la démagogie.