Le passage de France Soir au tout numérique confirmé

MEDIAS La direction propose 89 licenciements sur un effectif de 127 personnes pour ne conserver à partir du mois de janvier qu'une rédaction Web de 32 personnes...

A.G. avec Reuters
— 
Le quotidien France Soir en kiosque, en mars 2010.
Le quotidien France Soir en kiosque, en mars 2010. — THOMAS COEX / AFP

Dans une interview au Figaro publiée samedi, le propriétaire de France Soir, Alexandre Pugachev confirme le basculement total du journal sur le web au 1er janvier, faute d'avoir réussi à redresser les comptes du journal qui devrait perdre encore 19 millions d'euros cette année. «J'ai investi au total, en compte courant, plus de 70 millions d'euros. Aujourd'hui, le monde de la presse est difficile économiquement. Tous les grands quotidiens perdent de l'argent», explique-t-il.

France Soir, qui vendait plus d'un million d'exemplaires dans les années 1960 quand il était le titre phare de la presse quotidienne française, deviendrait ainsi le premier quotidien national en France à quitter le support papier.

Opposés à ce projet, plusieurs centaines de salariés de la presse et de France Soir ont manifesté vendredi sur les Champs-Elysées à Paris, pour exprimer leur inquiétude quant à l’abandon de la formule papier. Projet que le Comité d’entreprise présentait ce jour-là.

Retour à l’équilibre d’ici 2015? 

L'homme d'affaires russe affirme vouloir obtenir grâce au passage au numérique un retour à l'équilibre «d'ici à quatre ans.» Il explique: «Après le plan, l'équipe comprendra une quarantaine de personnes qui travailleront à 100% en ligne. Cette équipe sera une force de frappe qui nous permettra d'être réactifs». «Notre ambition est de rentrer dans le top 10 des sites d'actualité dans les deux ans qui viennent», ajoute-t-il, soulignant que 10 millions d'euros seront investis pour produire des contenus originaux de qualité.

Pour Stéphane Paturey, secrétaire du CE de France Soir, il s'agit d'une «attaque en règle contre un titre emblématique de la presse française, contre le pluralisme de la presse, contre l'emploi, contre la profession et contre ses acquis sociaux». Il a annoncé que les salariés allaient préparer un contre-projet et lutter contre le projet d'Alexandre Pugachev, qui a relancé le titre en 2010, sans le voir atteindre les objectifs de vente qu'il affichait.

Une stratégie «qui ne repose sur aucun schéma économiquement viable»?  

«La stratégie du tout numérique, à laquelle ont renoncé tous les grands groupes de presse mondiaux, ne repose sur aucun schéma économiquement viable», a déclaré de son côté Olivier Blandin, secrétaire général d'Info'Com-CGT.

En proie à des difficultés financières, le quotidien populaire avait obtenu un sursis de quatre mois le 29 août grâce au feu vert donné par le tribunal de Commerce de Paris à l'ouverture d'une procédure de sauvegarde.