Les Borgia, sacrée famille

SERIE Canal+ diffuse ce lundi soir sa superproduction internationale...

Charlotte Pudlowski

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John Doman interprète le catalan Rodrigo Borgia, le pape Alexandre VI.
John Doman interprète le catalan Rodrigo Borgia, le pape Alexandre VI. — ATLANTIQUE PRODUCTION / CANAL +

Nous sommes en 1492, bienvenue à Rome, royaume de la papauté, du sexe et du sang. Alexandre VI et son clan, les Borgia suscitent, depuis six siècles fantasmes et fascination. Romans (Alexandre Dumas), cinéma (Orson Welles). Cette année, Showtime a lancé sa série, et Canal+ diffuse ce lundi soir sa version, signée Tom Fontana («Oz»). «Les Borgia traînent une légende noire formidable pour un scénariste», juge Ioanis Deroide, auteur des Séries TV - Mondes d'hier et d'aujourd'Hui (Ellipse). «La famille est un thème privilégié des séries, véhiculant l'amour, la jalousie. Même celles qui évoquent des groupes d'amis («Friends») les présentent comme des familles reconstituées.» Vérités et légendes en trois personnages.

Rodrigo Borgia, aidé par le diable

Pour établir son pouvoir en Italie, le catalan Rodrigo Borgia (le pape Alexandre VI) «a recouru à tous les moyens, explique Guy Le Thiec, historien, auteur des Borgia: enquête historique (en novembre chez Tallandier): l'assassinat, l'empoisonnement, l'achat de voix pendant le conclave…» De son vivant, «la rumeur dira qu'il était conseillé par le diable». C'est aussi un pape dont on connaît les maîtresses, dont Giulia Farnese, 14 ans. Et, « malgré les normes morales de l'époque, cela a pu choquer», Rodrigo avait presque 60 ans.

Cesare Borgia, bras sanglant

Alexandre VI veut faire de la papauté un Etat puissant «et emploie les moyens classiques des princes séculiers de l'Europe de la Renaissance, explique Guy Le Thiec, dont une reconquête militaire». Qu'il confie à son fils, Cesare. «C'est la première fois qu'un pape associait ses enfants de si près à la politique pontificale. La famille vit dans des appartements très proches du palais apostolique.» Un petit monde fermé qui effraie les opposants. A partir de la fin du XVIIe, Cesare, qui inspira Le Prince de Machiavel, cristallise la critique. «Il mène en grande partie la politique de son père et a probablement assassiné son propre frère», souligne Guy Le Thiec.

Lucrèce, belle incestueuse?

Pour nouer des alliances, Alexandre doit marier et remarier sa fille Lucrèce selon la politique du moment. Le premier époux, déclaré impuissant pour que le mariage soit annulé, accuse Lucrèce d'inceste avec son père et son frère. «Accusation manipulée qui va être reprise à travers les siècles», explique Guy Le Thiec. Ces rumeurs interviennent peu avant la réforme protestante, qui émerge vers les années 1520. Plus tard, les polémistes protestants s'en prennent à Alexandre VI, comme symbole de l'Eglise corrompue. Le règne Borgia a fourni «un matériau déjà constitué de scénariste», selon Ioanis Deroide. «Pas étonnant qu'Antenne 2 et la BBC se soient penchées sur le sujet, il y a quelques années!»