«La gueule de l'emploi»: Dix candidats dans la gueule du loup

DOCUMENTAIRE Le recrutement est féroce dans «La Gueule de l'emploi», jeudi soir sur France 2...

Ingrid Gallou
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L'enjeu : recruter un candidat prêt à être formaté.
L'enjeu : recruter un candidat prêt à être formaté. — C.Champion/ zadig productions

Debout devant la glace, ils se rasent ou se maquillent, puis s'habillent pour la grande comédie de l'entretien d'embauche, dans laquelle ils joueront au candidat idéal. Pour, espèrent-ils, avoir La Gueule de l'emploi. C'est ainsi que Didier Cros a choisi d'appeler son documentaire, diffusé ce soir à 23h10 sur France 2. 

Pendant deux jours, il a pu filmer le processus de sélection des commerciaux par un cabinet de recrutement mandaté par le groupe d'assurances Gan. Sans même connaître l'intitulé ou le salaire du poste, dix candidats au chômage vont se déchirer, se mettre à nu et finalement se soumettre d'eux-mêmes, dans des épreuves tour à tour absurdes (vente de trombones), infantilisantes ou humiliantes (autocritique). Qu'importe. L'enjeu, ici, est moins de recruter un candidat compétent qu'un futur salarié «malléable», prêt à être «formaté», selon les mots des recruteurs.

Jeu du chat et de la souris

A travers cette incursion dans les sphères du recrutement, Didier Cros n'a pas voulu stigmatiser un client, Gan, ou un cabinet. «C'est le système qui est condamnable, pas l'individu.» Néanmoins, il a choisi, au terme de trois mois de repérage, un cabinet de recrutement représentatif des méthodes comportementales (axées sur la personnalité plutôt que sur le savoir-faire) en vogue dans les grands groupes. 

C'est d'ailleurs dans le but de promouvoir ses méthodes que le cabinet a accepté de collaborer au projet car, indique le réalisateur, «ils pensent réellement rendre service aux candidats». Après coup, le cabinet, contacté par 20Minutes, affirme assez logiquement ne pas se reconnaître dans le film, et se sentir «dupé, berné». Et les candidats? «Ils ont accepté car ils ne savaient pas ce qui les attendait lors de la session de recrutement, répond Didier Cros, et parce qu'on leur permettait de s'exprimer a posteriori, une façon de garantir leur dignité.» 

C'est d'ailleurs cette capacité des candidats à démonter le système qui a surpris le réalisateur. Dans ce jeu du chat et de la souris, calibré au millimètre par les recruteurs, une chose semble avoir échappé aux maîtres du jeu: la capacité critique, intacte malgré les coups.