Séries: les nouvelles saisons reprennent, comment se renouvellent-elles?

TELE Au bout de plusieurs saisons, de quels stratagèmes usent-elles pour continuer de séduire les téléspectateurs?...

Charlotte Pudlowski

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Julianna Margulies dans une campagne de CBS pour «The Good Wife»
Julianna Margulies dans une campagne de CBS pour «The Good Wife» — CBS

La série de The Good Wife, comme plus d’une dizaine de séries américaines, a diffusé le premier épisode de sa nouvelle saison ce mois-ci. Et l’héroïne, Alicia Florick (Julianna Margulies) est différente. Beaucoup plus sexy, plus épanouie. Les campagnes de publicité de cet été le laissaient présager, et un mini-film récapitulatif/teaser de la nouvelle saison également. «Alicia ne sera clairement plus la carpette sur lesquelles les gens peuvent marcher dans cette saison» y explique Julianna Margulies. «Elle a toujours respecté les règles du jeu, et ça n’a pas vraiment marché. Alors elle donne un second souffle à sa vie, dans une autre perspective, regarde les choses sous un autre angle».

Cette transformation d’Alicia Florick permet aux spectateurs de redécouvrir la saison sous une nouvelle lumière. Un renouvellement parfaitement bienvenu dans une série qui avait déjà diffusé deux très bonnes saisons, mais qu’il était nécessaire d’effectuer pour ne pas perdre les téléspectateurs.

«Le secret des séries américaines est qu’elles laissent beaucoup de portes ouvertes en permanence, pour pouvoir se renouveler au fur et à mesure, d’où leur succès sur la durée», explique Vincent Colonna, auteur de L’Art des séries télé. De fait, «Grey's Anatomy», en est à la saison 8, «NCIS», à la saison 9, «How I Met Your Mother», à la saison 7, «Gossip Girl», à la saison 5, «Supernatural» à la saison 7, «Les Griffin», à la saison 10, «American Dad», à la saison 7. On ne vous parle même pas des «Simpsons»… Saison 23.

Liberté

«Nous en France, on a tendance à vouloir tout dire tout de suite comme si on avait peur de nuire à la vraisemblance, et on ferme alors plein de portes. Les Américains n’ont pas peur de faire des choix arbitraires, juge Vincent Colonna.  On voit un personnage rendre visite à un malade on ne sait pas pourquoi ni comment et on apprendra trois épisodes plus tard que c’est sa mère. Au théâtre on appelle ça l’art des préparations : des éléments sont posés puis utilisés.»

Cela s’explique notamment par le système de production qui fait que les showrunners ignorent au départ si une série va durer six épisodes ou sept saisons, ils se laissent donc de la marge, dans la narration. Dans The Good Wife, les créateurs Robert et Michelle King ont créé un personnage assez polyvalent dès le départ, pour qu’elle puisse passer de plutôt sage et très intègre à plus sombre et plus sexy.

Une autre possibilité pour renouveler une série est d’avoir un ensemble de personnages assez riches pour que le rôle principal puisse glisser de l’un à l’autre. Dans «Gossip Girl» la véritable héroïne de la saison était plus Serena (Blake Lively) que Blaire (Leighton Meester). Mais la seconde était un personnage assez riche et important pour passer devant. Le personnage de Serena s’épuisant, sa maléfique meilleure amie prend facilement le relais. Et si New York est toujours le décor et presque l’un des personnages principaux de la série, les créateurs Josh Schwartz et Stephanie Savage n’hésitent pas à faire des délocalisations régulières pour rompre la monotonie : les Hamptons, la Californie, Paris dans la dernière saison…

«Néanmoins, aux Etats-Unis, on dit qu’une bonne série c’est cinq ou six saisons, après il y a des problèmes de production», nuance Vincent Colonna: une fois le succès trop important, les produits dérivés en route et la célébrité internationale enclenchée, les acteurs demandent trop d’argent… Sauf à ce que les audiences, les publicités et les produits dérivés soient mirobolants, on atteint alors un seuil de rentabilité problématique.