Scandale des écoutes illégales: Tout savoir sur le scandale touchant le groupe de Rupert Murdoch

MEDIAS Malgré la fermeture la semaine dernière du tabloïd britannique «News of the World», le groupe de l'Australo-américain reste dans l'oeil du cyclone...

Maud Pierron

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La dernière édition du tabloïd britannique News of the World, parue le 10 juillet 2011.
La dernière édition du tabloïd britannique News of the World, parue le 10 juillet 2011. — IAN NICHOLSON/POOL/AFP

Qu’est ce que le groupe Murdoch?
C’est tout simplement le premier groupe de médias de la planète. Le milliardaire de 80 ans possède quelque 175 journaux et magazines dans le monde, dont 150 dans son seul pays, l’Australie. Tous ont un positionnement conservateur. Il a étendu son empire en Angleterre, où il a racheté plusieurs tabloïds comme News of the World (d’où est parti le scandale), The Sun mais aussi des journaux plus hauts de gamme comme The Times et The Sunday times. Aux Etats-Unis, News Corporation, la holding de Murdoch, détient le fameux New York Post et le Wall Street Journal. Le magnat a aussi investi la petit lucarne, avec Fox Broadcasting télévision, et la chaîne Fox TV. En Grande-Bretagne, News Corp détient 39% de BSkyB, qui est propriétaire de Sky News et d'un éventail de chaînes de télévision payantes. Il détient aussi des chaînes en Italie et en Allemagne.

Quand le scandale a-t-il débuté?
Les Britanniques n’ont pas découvert en juillet 2011 les pratiques scandaleuses des journalistes de NOTW. Depuis des années, ils savaient que certains pouvaient  mentir sur leur identité ou payer pour avoir des informations. Depuis 2005 et les révélations sur une blessure au genou du Prince William (lire la chronologie de la BBC), il était évident qu’ils avaient écouté les téléphones de membres de la famille royale. Une évidence confirmée par une enquête de police et la condamnation de deux personnes en 2007, un journaliste et un enquêteur privé. En 2009, le Guardian assure que plus de 3.000 personnes du monde du sport, du spectacle et de la politique ont été écoutés. Et que ces pratiques ont été mises en place avec l’accord de la direction, ce qu’elle a nié. En janvier 2011, l’enquête reprend, en raison de «nouveaux éléments», selon la police, qui démontre que les mobiles de quelque 4.000 personnes ont été écoutés. Les révélations se succèdent au fil des semaines.

Pourquoi tout s’est accéléré début juillet jusqu’à la fermeture de News Of the World?
Parce que le quotidien de centre-gauche, le Guardian, toujours lui, a publié une enquête prouvant que des journalistes de NOTW avaient piraté le téléphone portable d’une adolescente de 13 ans assassinée en 2002 par un vigile pour écouter ses messages. Ils ont même effacé des messages du téléphone lorsque la messagerie était pleine pour pouvoir en écouter de nouveaux. Une pratique qui a parasité l’enquête. Cette révélation va révolter l’opinion publique britannique qui jusque-là s’accommodait plus ou moins des écoutes illégales sur les stars de la chanson ou du sport.  Au fil des jours, il est apparu que les téléphones de familles des victimes des attentats du 5 juillet à Londres, de soldats tués en Afghanistan ou d’autres adolescentes victimes de faits-divers, ont été piratés.  Pour Ed Miliband, le nouveau patron des Tories, c’est «le plus grand scandale de presse des temps modernes». Pour éteindre la pression, Rupert Murdoch décide purement et simplement de fermer News of the World, l’un des plus vieux journaux anglais, fondé en 1843.

Quelles conséquences pour les affaires du groupe?
Elles sont immenses. News Corp a déjà dû retirer son offre pour acquérir 100% du réseau satellitaire BSkyB, une opération qui s’annonçait très rentable. Outre la fermeture de NOTW, Murdoch songe à se retirer totalement du pays et à revendre The Sun et The Times, pour échapper au scandale. De plus, Murdoch a dû se séparer de celle qu’il considère quasiment comme sa fille: Rebekah Brooks, la directrice générale de News International, en charge des activités britanniques du groupe. Et d’après la correspondante du Monde à Londres, ce départ pourrait ouvrir la voie à celui du fils de Murdoch, James Murdoch, patron de News international. Vendredi soir, le magnat a même diffusé un communiqué dans lequel il présente ses excuses aux Britanniques, toujours dans l'optique d'éteindre l'incendie.

Quelles conséquences judiciaires?
Neuf personnes, dont des journalistes, ont déjà été arrêtées.  D’autres devraient suivre au fil de l’enquête, qui se poursuit. Une commission parlementaire a également été mise sur pied à Londres et les élus espèrent entendre Rupert Murdoch. Mais le milliardaire craint surtout une contagion du scandale aux Etats-Unis, où le FBI a annoncé mercredi qu’il ouvrait une enquête sur les pratiques des journaux de News Corp. Des journalistes du groupe auraient en effet pu pirater les messageries des téléphones de victimes du 11-Septembre.

Pourquoi le monde politique britannique est éclaboussé?
Parce que les patrons de News Corp,  dont Rebekah Brooks, sont très amis avec «l’establishment». L’ex-protégée de Murdoch est une amie de longue date du couple Blair mais aussi du couple Cameron. Le Premier ministre est lui-même vivement montré du doigt pour avoir pris comme directeur de communication Andy Coulson, ex-rédacteur en chef du NOTW, au moment où des faits graves se sont déroulés. S’il a toujours dit n’avoir jamais été au courant de telles pratiques, il avait dû démissionner en 2007 après les révélations sur les écoutes de la famille royale. Lorsque David Cameron, alors chef de l’opposition l’embauche pour s’occuper de sa communication, les critiques pleuvent, mais il le maintient. Mieux, il l’amène à 10, Downing street. Finalement Coulson démissionne en janvier dernier alors que l’enquête reprend.