Scandale du «News of the World»: Le magnat de la presse Rupert Murdoch attendu à Londres

MÉDIAS l reprend l'affaire en mains, alors que le scandale entourant le tabloïd britannique ne cesse d'enfler...

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Rupert Murdoch à Washington, en avril 2010.
Rupert Murdoch à Washington, en avril 2010. — REUTERS/Hyungwon Kang

Le baron de la presse Rupert Murdoch est attendu ce samedi à Londres afin de tenter de limiter les dégats provoqués par le scandale des écoutes au sein d'un de ses titres phares dans le pays, le News of the World, qui a été sacrifié et sortira sa dernière édition dimanche. Le magnat australo-américain de 80 ans, toujours fermement aux commandes de son empire, News Corp, devait se rendre en cours de journée à son QG britannique, a indiqué à l'AFP une source au sein de News International (NI), société regroupant les opérations en Grande-Bretagne de l'empire Murdoch.

Murdoch senior prend lui-même les affaires en mains, tandis que le scandale entourant le tabloïd britannique News of the World (NotW) ne cesse d'enfler. Son fils James, président des opérations britanniques réunies dans la société News International, a décidé de fermer purement et simplement le journal à sensation. Le NotW sortira ainsi dimanche sa dernière édition, après 168 ans de scoops sulfureux qui lui ont valu le succès populaire: avec 2,8 millions d'exemplaires, il est l'un des journaux anglais les plus vendus au monde.

Scandale aux ramifications politiques et judiciaires

Mais la fermeture du journal n'a pas réussi à mettre un terme au scandale, aux ramifications politiques et judiciaires. Trois personnes ont été interpellées depuis vendredi matin, en particulier Andy Coulson, ancien rédacteur en chef du NotW et ex-directeur de la communication du Premier ministre David Cameron.

Andy Coulson a été libéré sous conditions, après une journée de garde à vue, comme les deux autres interpellés. Andy Coulson est soupçonné d'avoir «comploté en vue d'intercepter des communications» ainsi que de «corruption» de policiers. Le NotW aurait piraté depuis 2005 les messageries de milliers de célébrités, de Hugh Grant au prince William, mais également d'une écolière assassinée et de proches de soldats tués en Irak. Il aurait de plus payé des policiers informateurs.

Le NotW n'est qu'une goutte d'eau dans l'empire Murdoch, beaucoup plus dépendant de la télévision. Mais le scandale pourrait contraindre un projet-phare du baron des médias au Royaume-Uni: le rachat de la totalité du bouquet de chaînes satellitaires britanniques BSkyB, dont Murdoch possède déjà 31%. Ce projet est actuellement à l'étude à Londres et fait déjà l'objet de vives critiques. Beaucoup craignent qu'il confère une position ultra-dominante à Murdoch, qui possède déjà le tiers des médias d'information britanniques.

Des poursuites contre James Murdoch

David Cameron a laissé entrevoir, vendredi, un report du feu vert gouvernemental (probablement à l'automne) et Ofcom, le régulateur britannique, a demandé à la police d'être tenu au courant de l'enquête sur le NotW, faisant plonger de près de 8% l'action BSkyB à la Bourse de Londres vendredi. Rupert Murdoch aura fort à faire pour circonscrire l'incendie. Il devrait également devoir épauler son fils James, qui dirige les opérations européennes et asiatiques de News Corp, et donc celles au Royaume-Uni.

S'il est avéré que le NotW a corrompu des policiers, James Murdoch pourrait être poursuivi, non seulement au Royaume-Uni, mais également aux Etats-Unis, rappelait samedi la presse. David Cameron a estimé vendredi que la police devait interroger toutes les personnes concernées, «peu importe qu'elles se situent en haut ou en bas de la hiérarchie». Il a également dit qu'il «aurait accepté» la démission qu'aurait offerte Rebekah Brooks, directrice générale de News International, selon la presse.

La pression s'est encore accrue en vue de son départ. Selon le Guardian, la police enquête sur la destruction présumée, par NI, de «millions de courriels». «Le QG de Murdoch a-t-il dissimulé des preuves?», se demande le quotidien. NI a démenti mais l'ampleur du scandale fait se demander au quotidien The Independent: «Est-ce le Watergate britannique?». Et l'histoire pourrait durer. Tentant vendredi de se justifer devant les centaines d'employés en colère du NotW, Rebekah Brooks a déclaré que, «dans un an», ils comprendront pourquoi il fallait fermer le tabloïd, sans vouloir en dire plus.

>> La Grande-Bretagne «dégoûtée» par l'affaire des écoutes: