Séries tv: survivre au départ de ses héros ou mourir

TELEVISION Alors qu'on ne reverra plus Cuddy de «Dr House» et Elliot Stabler de «New York: unité spéciale» et que Patrick Dempsey (alias Dr Derek Shepherd) quitterait «Grey's Anatomy»...

Sandrine Cochard

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Le départ d’un personnage central d’une série se gère comme une rupture. Au début, on nie l’évidence de l’annonce, puis on jure que l’on ne nous y reprendra plus avant de se décider à voir ce que ça donne avec un(e) remplaçant(e). Ou pas. Car nombreuses sont les séries qui ne se sont jamais relevées du départ de leurs emblèmes.

Figures irremplaçables

«Lorsque Cosmos 1999 a changé une partie de son équipe, la série a plongé», confirme Pierre Serisier, auteur du blog le Monde des séries. Plus proche de nous, «Les experts: Las Vegas» pâtissent encore du départ du chef d’équipe Gil Grissom (William Petersen), au milieu de la saison 9 (après l’hécatombe de la saison 8 qui avait vu les départs successifs de Warrick/Gary Dourdan et Sara/Jorja Fox). Lorsque Laurence Fishburne est arrivé comme le nouvel homme fort du labo, en remplacement de William Pettersen, l'audience a accusé une chute de 6 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis (passant de 19 à 13) et se solde par le départ de l'acteur. «Cette série est bien plus portée par ses personnages et les liens qui les unissent que ce que l’on croit, explique Marjolaine Boutet, auteur des «Séries télé pour les Nuls». Une série est une question d’alchimie.» Il suffit donc d’un départ pour déstabiliser toute une équipe.

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Surtout lorsqu’il s’agit d’une figure irremplaçable comme celle de Gil Grissom. Les séries sont-elles condamnées à mourir une fois leur héros disparu? «Tout dépend si la série repose sur un seul personnage, poursuit Marjolaine Boutet. Par exemple, Dr House ne survivra pas au départ de Hugh Laurie.» D’autant que la série va déjà devoir faire face au départ de Cuddy, interprétée par Lisa Edelstein, dès la saison prochaine. «Ca va être un tournant capital: soit la série se délite complètement, soit elle se renouvelle», tranche Pierre Serisier.

Les règles pour survivre

Car il existe des séries qui ont (bien) survécu malgré les séparations. Et le meilleur exemple reste Urgences. «Cette série avait beaucoup de personnages, on pouvait donc avoir un lien avec chacun d’entre eux», rappelle Pierre Serisier. Résultat: les départs successifs de ses acteurs historiques George Clooney (Dr Doug Ross), Sherry Stringfield (Dr Susan Lewis) et Anthony Edwards (Dr Mark Green) n’a pas enterré la série. «Urgences a bien géré ces départs, en préparant les téléspectateurs en amont. C’est ainsi que la mort de Mark Green est devenue un point de repère dans la série», précise Pierre Serisier. Un mythe même, dont les fans ressassent l’émotion qu’elle a suscité, un peu comme lorsque l’on se demande encore où on était et ce que l’on faisait le 11-Septembre.

Pour éviter de sombrer dans les abîmes des séries qui n’ont pas su se relever d’un tel départ, mieux vaut avoir quelques règles à l’esprit. «L’erreur consiste à vouloir remplacer un personnage à tout prix. Parfois, il vaut mieux orienter la narration de la série vers d’autres personnages» que de vouloir faire du poste pour poste, souligne encore Pierre Serisier en citant l’exemple de NYPD Blue. «Après le départ de David Caruso (devenu ensuite le célèbre Horatio Caine des Experts: Miami), les scénaristes ont intégré un personnage (Bobby Simone, interprété par Jimmy Smits) qui était l’exact opposé de celui qu’il incarnait.» Ce virage a permis de relancer l’intérêt pour la série, qui n’avait que deux ans, alors que Laurence Fishburne avait un rôle trop proche de celui de William Petersen dans Les experts: Las Vegas. Une trahison pour tous les fans de Gil Grissom et un choix fatal pour les producteurs de la série. Reste l’option du retour d’un personnage disparu. Cette pirouette scénaristique est toutefois la plus risquée car elle reste synonyme de facilité, voire de non-sens. Si le retour de Susan Lewis a fonctionné dans Urgences, tout comme celui de Sara Sidle dans «les Experts», la résurrection inopinée de Bobby dans «Dallas» (en fait, c’était juste le «rêve» de sa mort, seriously?) est toujours considéré comme la plus grossière des ficelles utilisées par Hollywood.

Les scénaristes de «Mon oncle Charlie» trouveront-ils mieux? L’histoire repose entièrement sur le personnage interprété par Charlie Sheen. Depuis le débarquement de l’acteur, en mars dernier, la question de son remplacement est le plus grand challenge actuel du petit écran. Le mystère reste entier sur le rôle que jouera Ashton Kutscher, nouvelle tête d’affiche de la série, mais on ne risque pas grand-chose à miser sur un virage de l’intrigue à 180 degrés. Et sans doute des téléspectateurs.